Sur un fil de la toile #10-23 | Quand le service public cessera-t-il de faire de la propagande pour des pseudo-sciences et des SCAM??|

Dramatic_Scarecrow_clip_art_hightHier matin, l’émission On en Parle nous a encore gratifiés d’un énième reportage sur des pratiques pseudo-scientifiques ou pseudo-médicales (SCAM – So-Called Alternative Medicine = Soit-disant médecine alternative). Cette fois-ci, nous avons eu droit à une introduction à la dramathérapie, présentée comme une panacée pour tout mal-être. La journaliste Lydia Gabor a ainsi été interviewer Lucy Newmann, l’une des responsables de l’école de formation à l’art-thérapie éata-Créavie. A nouveau, elle lui a ouvert un boulevard sans jamais vraiment lui demander de précisions sur le type de problèmes abordés (on se contente de parler de maladies de l’âme, ce qui veut tout et ne rien dire), ni même lui opposer la moindre remise en question. Naturellement, dans une bonne logique relativiste, le sujet s’est terminé sur une position soi-disant neutre, le journaliste se cachant derrière l’appel à la la liberté des auditeurs à se faire leur propre opinion. Parce que c’est bien connu, les faits et la connaissance ne sont qu’une question de point de vue et tous les avis s se valent!

A mon sens, la promotion de cet espèce de relativisme intellectuel par le service public n’est pas acceptable. Son rôle est d’informer les citoyens de manière aussi objective que possible. Or, l’objectivité ne signifie pas accorder un temps d’antenne équivalent à la science et aux pseudo-sciences, à la médecine et aux SCAM, sans les évaluer, au prétexte de ne pas porter un jugement de valeur qui pourrait froisser la sensibilité d’une partie des citoyens. Au contraire. Elle consiste à faire le tri entre ce qui est reconnu comme des faits avérés et vérifiables par les communautés d’experts ou de scientifiques travaillant sur ces sujets, et ce qui relève de thèses ou d’hypothèses plus ou moins farfelues, avancées par des gens dont la fiabilité laisse souvent à désirer. Et oui, il existe des moyens de jauger leur crédibilité.  Il n’y a donc aucune raison de faire de la publicité spontanée et gratuite pour des pratiques au mieux inutiles et vaines, au pire dangereuses à divers degrés, et ce, même si leurs auteurs sont animés de la meilleure volonté du monde. Comme on le dit, le chemin vers l’enfer est pavé de bonnes intentions.

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Au fil de mes lectures #14 | En mémoire de Tony Judt (1948-2010)

Peu de temps avant sa mort, Tony Judt proposait cette réflexion sur la manière de penser le rôle de l’état face à l’abondance matérielle qui rend les inégalités d’accès d’autant plus insupportables. Mais, il nous met en garde contre les professions de foi idéologique, nous encourageant à nous inscrire dans un temps historique long. Le Courrier International publiait en septembre 2010 quelques extraits de ce travail sur la sociale-démocratie et les inégalités. J’en ai particulièrement retenu ce petit passage ci-dessous, qui, je le pense, nous encourage particulièrement à inspecter de près nos certitudes et nos croyances sur la question de la liberté et de l’efficacité étatique.

Nous devons apprendre à repenser l’Etat. Comment, face à un mythe puissant, négatif, redéfinir et décrire son rôle ? Pour commencer, nous devons reconnaître, plus que la gauche n’a été prête à le concéder, le vrai tort qu’ont causé – et que pourraient encore causer – des souverains tout-puissants. Cela soulève deux questions préoccupantes.

La première est celle de la coercition. La liberté politique ne consiste pas à être abandonné par l’Etat : aucune administration étatique moderne ne peut négliger entièrement ses citoyens. La liberté consiste plutôt à conserver notre droit d’être en désaccord avec les objectifs de l’Etat et d’exprimer nos objections et nos aspirations sans crainte de représailles. C’est plus compliqué que ça n’en a l’air : même les Etats les mieux intentionnés n’apprécient pas forcément que des entreprises, des communautés ou des individus aillent à l’encontre des désirs de la majorité. L’efficacité ne devrait pas être invoquée pour justifier des inégalités criantes ; elle ne devrait pas non plus être mise en avant pour étouffer les opinions divergentes au nom de la justice sociale. Mieux vaut être libre que de vivre dans un Etat efficace, de quelque couleur politique qu’il soit, si son efficacité est à ce prix. La deuxième objection que l’on oppose à l’idée de l’intervention de l’Etat, c’est que le pouvoir peut se tromper. Le sociologue américain James Scott a écrit avec sagesse sur les avantages de ce qu’il appelle la “connaissance locale”. Plus une société est bigarrée et complexe, plus on court le risque que ceux qui se trouvent à son sommet ignorent les réalités de ceux d’en bas.

>> La social-démocratie comme dernier rempart | Courrier international.