Link

Sur un fil de la toile #10-14 | Radicalités contemporaines anti-sciences

See on Scoop.itEpistemology | Epistémologie 2.1.

“La nature a voulu vous préserver de la science […] tous les secrets qu’elle vous cache sont autant de maux dont elle vous garantit” : ainsi Rousseau s’adresset- il au lecteur dans son Discours sur la science et les arts (1750), au moment même des Lumières et du développement de l’individu par la connaissance. La remise en cause de la science moderne, ou la peur de ses applications, n’est pas chose nouvelle – elle est même consubstantielle à son développement. Elle est aussi consubstantielle à chacun de nous, de manière plus ou moins marquée : on est tous un peu rousseauistes. D’où vient-il alors que le rejet de la science semble de nos jours gagner en vigueur et en extension ?

Commentaire d’Ariane Beldi:

Dans cet article, Alexandre Moatti analyse brièvement le développement des attitudes anti-scientifiques et alterscientifiques au 20ème et au 21ème siècles à partir de quelques figures radicales, représentant les principaux courants de pensées en la matière. Il montre notamment comment ces préjugés envers la science se retrouvent sur tout le spectrum idéologique politique, c’est-à-dire de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, les deux s’alimentant parfois mutuellement en références et en idées.

See on www.larevueparlementaire.fr

Advertisement
Quote

Sur le fil de la toile #10-13 | Le fossé entre les propos des scientifiques et ce qu’en comprennent les citoyens militants

mouton_surprisDans un rapport sorti aujourd’hui, les scientifiques de l’INSERM écrivent cela au sujet de l’impact de certains pesticides sur la santé humaine:

D’après les données de la littérature scientifique internationale publiées au cours des 30 dernières années et analysées par ces experts, il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte : la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélomes multiples). Par ailleurs, les expositions aux pesticides intervenant au cours des périodes prénatales et périnatale ainsi que lors la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l’enfant.

Une lecture un tantinet attentive de ces propos fait clairement apparaître que les scientifiques de l’INSERM nous disent que dans certaines conditions d’expositions et suivant les substances, les pesticides peuvent avoir certains effets sur la santé, mais que leur évaluation dépend de nombre de paramètres. Il n’y a donc rien de systématique, ni de dramatique dans leur rapport. Continue reading

Au fil de mes lectures #1 | La grande illusion du bio

Enluminure_Paysan_MoyenAge

Mois de juillet : les moissons
Calendrier-martyrologue de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, XIIIe siècle
Paris, BnF, département des Manuscrits, Latin 12834, fol. 59v.

Je viens de recevoir le numéro de janvier 2013 de Books et je ne peux m’empêcher de partager ici un résumé d’une réflexion large sur La grande illusion du bio, traduite d’un article de Robert Paarlberg, initialement publié dans Foreign Policy, en mai-juin 2010. Si cet article me plaît, je reconnais volontiers que c’est en partie parce qu’il résonne avec mes propres opinions sur les discours écologiques actuels et prédominants en Europe, qui tendent à opposer de manière simpliste une vision idéaliste de la nature et une conception apocalyptique de l’industrie.  Mon opinion se base non seulement sur un ensemble d’informations recueillies sur ces questions depuis maintenant quelques années, mais elle a été aussi façonnée par mes études en biologie et en anthropologie. Mon principal point de divergence avec les mouvements écologiques qui prônent le tout “local” et “bio” est avant tout de nature idéologique, dans la mesure où je ne partage pas du tout leur approche, que je trouve beaucoup trop binaire, de la relation de l’homme à son environnement. A mon sens, ils courent après un âge d’or écologique associé avec une agriculture dite “traditionnelle” et du terroir qui n’a jamais vraiment existé. Cet article a aussi provoqué la réaction de deux lecteurs, Anna Lappé (auteur d’un ouvrage intitutlé: Diet for a Hot Planet, et Jeffrey Locke, juriste auprès de Population Action International) au mensuel. Il les  a publiées, ainsi qu’une réponse de Paarlberg à ces lecteurs, sur une page accessible à tous, même aux non-abonnés. Ceci dit, voici synthétisés en quelques points ce que Robert Paarlberg considère comme les illusions de l’agriculture bio: Continue reading

Sur un fil de la toile #6-1 | Quand l’alterjournalisme rencontre l’alterscience

Dig_In_transCe billet porte sur une vieille affaire, remontant à 2007. En mesure du temps Web, autant dire la Renaissance (les premières années 2000 pouvant représenter son moyen-âge, la seconde partie des années 90, la basse antiquité, la période allant des années 70 à 90, la haute antiquité et avant, c’est carrément la période du Néandertal digital!)! Bref, ce n’est pas vraiment tout frais. Je suis tombée dessus, il y a quelques semaines, alors que je parcourais le dossier que le site de l’AFIS consacre aux OGM. C’est ainsi que j’ai entendu parler pour la première fois de la journaliste Marie-Monique Robin (MMR) et de ses documentaires. L’article en question portait sur l’un d’entre eux, Le monde selon Monsanto, que je n’ai pas encore vu, mais je suppose que je n’hésiterai pas s’il est re-diffusé une fois à la TV, sur une chaîne à laquelle j’ai accès [EDIT du 15 mai 2013: Je l’ai enfin vu lors d’une re-diffusion récente sur ARTE et je dois dire que je comprends encore mieux les critiques adressées à MMR par les auteurs de cet article. Ce documentaire est entièrement à charge et ne présente que les éléments permettant de corroborer la thèse de départ de la journaliste. Celle-ci à beau jeu de prétendre qu’elle aurait tenté de contacter Monsanto pour un entretien, il n’est pas étonnant qu’ils n’aient pas voulu donner suite à ses demandes, vue la manière dont le film est monté!].  Interpellée par les critiques exprimées par certains membres de l’AFIS, j’ai décidé de voir si par hasard elle leur avait répondu et si oui, quelle avait été la teneur de sa réponse. Autant dire qu’elle leur a répondu et pas qu’un peu, comme on dit chez nous! Malheureusement, à mon sens, sa réplique est loin d’être à la hauteur. Se drapant dans le costume de la grande intellectuelle parisienne bardée de prix et de titres de reconnaissance publique à qui on ne la fait pas, elle se retrouve alors à confirmer, à son corps défendant, les reproches que lui adressent les deux scientifiques qui ont traité de son documentaire sur Monsanto. Continue reading