III. Présentation des résultats de l’enquête (fin)

5. Socialisation et pratiques communautaires :

Une autre question que cette étude se propose d’explorer, concerne l’aspect communautaire de la réception des mangas. Celle-ci se déroule-t-elle en groupe ou en solitaire ? Dans quelle mesure et sous quels auspices ?

De manière générale, il ressort de cette enquête que les répondants suisses sont loin d’être des « otakus » au sens où on l’entend chez nous, c’est-à-dire de malheureuses victimes du capitalisme consumériste qui se seraient réfugiées dans leur petit monde et ne communiqueraient plus avec le reste de la société. Même au-delà de cette représentation extrême, la plupart d’entre-eux ne sont pas isolés dans de petits groupes d’adolescents pour qui ce ne serait qu’une manière de se distinguer des autres, une forme passagère de rébellion aux standards socioculturels. Au contraire, pour la plupart, les univers mangas représentent un prétexte idéal à la socialisation, que ce soit pour l’échange d’impressions, le partage de récits, la collaboration à des activités de groupe ou même l’émulation artistique.

reactions_socialcirclesD’autre part, j’ai été assez surprise de constater que les répondants, dans leur ensemble, n’ont pas l’impression d’être trop mal perçus par les personnes de leur entourage qui ne partagent pas forcément leur enthousiasme. Si beaucoup se heurtent à une certaine incompréhension ou même indifférence de la part de leurs familles et amis, aucun n’a jamais subi de véritable réprobation ouverte. Cela peut être en partie dû à une normalisation croissante de l’image de la culture du divertissement japonais en Suisse. Il faut aussi compter que nombre de répondants ne sont pas les seuls membres au sein de leur cercle familial à s’intéresser aux mangas.

reputation_workPar contre, sur le lieu de travail, même dans le cas où ceux-ci connaissent d’autres adeptes, une bonne partie préfère rester discrète sur sa passion. Comme je l’ai déjà mentionné, le manga, au même titre que la BD et toute formes de divertissement par l’image, reste encore souvent considéré comme une activité d’adolescents et il ne fait donc pas très sérieux, même à 16-17 ans, d’avouer un réel intérêt pour ces produits ou même d’en parler régulièrement pendant les heures de bureau.

reputation_universityA l’université, le tableau de socialisation est tout aussi mitigé, dans la mesure où même s’ils sont nombreux à connaître d’autres amateurs et à en discuter avec eux, ils sont peu à estimer que le manga soit un facteur favorisant la socialisation dans ce cadre-là. Je suppose que cela est en partie du à son manque de légitimité en tant qu’objet d’intérêt académique.

Pour ce qui est de la formation de communautés autour des univers manga, on s’aperçoit que les nouvelles technologies jouent un rôle majeur.

oecd_connectionsswitzerlandLa Suisse est un des pays les plus connectés en Europe et cela depuis plusieurs années, malgré le coût élevé du matériel informatique et des abonnements par rapport à la moyenne européenne. (En juin 2007, la Suisse comptait 29% d’inscrits aux réseau DSL, câble et fibre/LAN, ce qui la place en 3ème position mondiale derrière la Hollande et la Norvège, des pays avec la plus forte pénétration de l’Internet à haut-débit, d’après un rapport récent de l’OECD). Ce qui veut dire que quelle que soit la capacité économique des répondants, ils ont tous régulièrement accès à Internet, que ce soit au bureau/école ou à la maison.

use_webD’ailleurs, plus de 60% d’entre eux utilisent le Web comme principale plateforme de rencontres et d’échanges. Ils fréquentent presque tous des chat rooms, des forums et des sites web consacrés aux univers manga. Ils sont aussi assez nombreux à lire des mangas en scanlation et à télécharger (légalement ou illégalement) des animes.

participation_collectivactivitiesSi plus des 2/3 des répondants vont régulièrement aux conventions, que ce soit en Suisse ou dans les pays voisins, ils sont beaucoup moins nombreux à pratiquer le cosplay, restant plus souvent au niveau du vœux pieux (J’aimerais bien, un jour peut-être…). Et ils sont très peu nombreux à avoir contribué à des fanzines ou des scanlations/fan subs. De ce dernier point de vue, les Suisses allemands sont les plus actifs. En regardant le parcours professionnel de certains, il semblerait que ce soit lié au fait qu’ils aient des formations en multimédia et informatique, ce qui sous-tend déjà un certain goût pour la production graphique, journalistique et artistique.

En reprenant les catégories énoncées plus haut, on s’aperçoit qu’il existe un certain lien entre le fait d’être fan et l’implication dans des communautés. Mais elle n’est pas systématique. En croisant les tableaux de la consommation avec ceux des résultats concernant la participation à des activités collectives, on s’aperçoit qu’un certain nombre de gens, sans être isolés, ne profitent que très partiellement de l’opportunité de socialisation offerte par les pratiques autour du manga. Il semble que cela soit dû, de nouveau, au temps libre à disposition. Plus l’âge augmente et la personne est avancée dans sa vie familiale et professionnelle, moins elle a de temps pour s’impliquer dans ces activités collectives. D’autre part, on peut présupposer que passer un certain âge, il devient moins évident de justifier sa participation à des hobbies considérés comme l’apanage des adolescents.

>> Conclusion

<< 3. Le plaisir du manga

Retour à la Table des matières

On your keyboards!| A vos claviers!

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s