I.Présentation rapide de la Suisse et de son paysage médiatique

1. Brève description de la Suisse

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Contrairement à l’image qu’en donne une série animée comme Heidi, les Suisses ne vivent plus depuis très longtemps là-haut dans les montagnes, mais majoritairement en plaine, en ville. Même ceux qui vivent à la « campagne » entre guillemets, se trouvent rarement à plus de 30 minutes en voiture ou en train des centres de vie urbaine que sont entre autres Genève , Berne, Bâle, Zürich, Saint-Gall ou Lugano.

switzerland_worldBien que minuscule à l’échelle mondiale, la Suisse est divisée en 3 aires culturelles et linguistiques qui épousent les zones d’influences historiques des anciennes puissances voisines, la France (au sud-ouest), l’Allemagne et l’Autriche (au nord et à l’est) et l’Italie (au sud).

swiss_languagedivisionCela veut dire que pour un pays d’environ 7 millions d’habitants, on a 3 langues reconnues au niveau national ! La population est ainsi constituée grosso-modo de 73% de Suisses allemands, 21% de francophones (Suisses romands ou Romands) et 5% d’italophones (Tessinois).

swiss_bilinguism1Concrètement, chaque élève doit apprendre au moins deux langues nationales, le français et l’allemand, l’italien n’étant pas obligatoire.

2. Survol du paysage culturel et médiatique suisse

La division linguistico-culturelle de la Suisse a contribué à régionaliser les audiences et publics potentiels. De fait, cette situation rend impossible ou très difficile et coûteux une production d’une culture de divertissement proprement nationale, justement parce qu’il est difficile d’atteindre la masse critique qui caractérise ce type d’offres.

audiovisuel_tsr1Du coup, une bonne partie des fictions diffusés dans les médias audiovisuels et imprimées vient de pays dont les marchés internes favorisent une industrie nationale qui peut ensuite s’exporter chez les voisins. C’est le cas pour la majorité des séries et films TV diffusés sur les chaînes nationales.

Il en va de même dans l’industrie du cinéma, dont la production suisse est fortement dépendante des financements publics. Pour ce qui est des contenus imprimés, même s’il existe un grand nombres de maisons d’éditions, celles-ci subissent le même handicape qui tend à favoriser les produits étrangers dans les domaines de la culture populaire, notamment la BD.

Dans ce cas, qui nous intéresse tout particulièrement à cause du lien évident entre éditeurs de BD et diffusion du manga en Europe, la production suisse de BD est essentiellement portée par des petites sociétés menées par des passionnés, qui doivent se battre pour arriver à survivre. Naturellement, celles-ci sont actives au niveau régional et il est assez rare que les BD produites en Suisse romande soient traduites en allemand ou italien et vice-versa.

Dans une telle conjoncture, il ne peut exister d’incitation à l’édition de mangas en Suisse alors que des entreprises actives dans les pays voisins, disposant de marchés nationaux beaucoup plus intéressants, s’en chargent déjà. Il est beaucoup plus simple et moins coûteux d’importer les titres édités ailleurs en Europe et de les redistribuer en Suisse. Ces dernières années ont ainsi vu naître quelques sociétés (Mix-image, Anime Virtual et OAV Films entre autre), spécialisées dans la distribution des mangas et des vidéos d’animes, soit dans des magasins entièrement consacrés à la culture populaire japonaise (Tanigami à Genève, Lausanne et Fribourg, par exemple), soit directement par Internet. Parmi elles, Anime Virtual est la seule également active dans l’édition de DVD et uniquement pour les marchés germanophones.

3. L’évolution de la perception des univers manga et de leurs publics en Suisse

cri11Il y a bien eu une tentative de populariser les mangas en Suisse à la fin des années 70, avec le magazine « Le cri qui tue », d’Atos Takemosto, un véritable globe-trotter japonais ayant posé un temps son baluchon dans le Jura helvétique. Néanmoins, par manque d’écho dans le public, il n’ est arrivé à tourner que pendant quelques années (ce qui n’est déjà pas si mal, compte tenu du climat culturel de l’époque).

La diffusion des univers manga en Suisse n’est pas seulement déterminée par le paysage médiatique du pays, mais aussi par certaines mentalités. La bande dessinée et les dessins animés sont encore majoritairement considérés avant tout comme des distractions destinées aux jeunes entre 8 et 12 ans. D’autre part, tout ce qui a trait à l’image, qu’elle soit animée ou pas, jouit d’une moins grande légitimité culturelle que l’écrit et donc, par extension, la littérature, notamment dans le cadre du divertissement pur. En gros, la BD et les dessins animés, c’est simpliste et donc pour les gamins. Cette perception se retrouve d’ailleurs dans la très rare programmation d’animes sur les chaînes nationales, qui s’est toujours limitée à des séries s’adressant aux pré-adolescents, et le choix des titres de mangas mis en avant par les distributeurs.

La perception des produits qui sont issus de l’industrie japonaise du divertissement audiovisuel a cependant évolué ces dernières six années. D’une part, les films de Hayao Myazaki, applaudis par la critique autorisée, notamment Le voyage de Chihiro (Spirited Away / Sen to Chihiro no Kamikakushi – 千と千尋の神隠し), ont contribué à donner une certaine respectabilité aux productions animées nippones. Notamment, dans les régions latines qui avaient été témoins des polémiques quasi-existentielles des années 80 en France et en Italie. D’autre part, divers festivals suisses de cinéma jouissant d’une bonne réputation ont commencé à diffuser des films d’animation japonaise.

11Ensuite, des rassemblements comme Polymanga ou JapAniMangaNight, organisés par des groupes de passionnés passés quasi-professionnels, ont progressivement attiré l’attention des médias généralistes.

Leur intérêt a été tout particulier en 2007, pendant Polymanga et le Japan Manga Festival, qui s’est déroulé en annexe du Salon International du Livre et de la Presse de Genève, bénéficiant ainsi de son aura de légitimité. Les journalistes ont alors cherché à mieux cerner ce qui est devenu à leurs yeux bien plus qu’une simple tendance ou mode passagère, un nouveau « phénomène socioculture ». Au point de lui consacrer un documentaire diffusé dans une émission de société sur la TSR en décembre 2007.

Par contre, ils ont encore tendance à présenter le « cosplayer » comme l’archétype du fan et même à l’assimiler à un « otaku », au sens où on l’entend encore souvent chez nous, c’est-à-dire un pauvre imbécile enfermé dans une surconsommation de produits de masse. Et quand ils ne tombent pas dans ces représentations extrêmes, ils donnent alors du consommateur standard de mangas l’image d’un préadolescent qui déroute complètement ses parents avec un vocable bizarre incluant des termes étranges comme « hokage » ou « chakra »…. Du coup, malgré la reconnaissance de l’existence d’œuvres de qualité destinées aux adultes comme Akira ou Monster, les amateurs plus âgés passent pour des gamins attardés.

Dans cette optique, une étude un peu plus fouillée de ces publics, telle que la propose notre enquête sur la réception des mangas en Suisse, est plus que bienvenue pour remettre certaines pendules à l’heure.

>>II. Résumé du déroulement du volet suisse de l’enquête

<< Introduction

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