Sur un fil de la toile #6-7c | Il y a décidément vraiment très, très loin du politiquement incorrect au véritable anticonformisme

icon_5 (4)Hier matin, les Observateurs se sont finalement décidés à répondre à mon billet de blog, mais sur Twitter. Malheureusement, leur réponse est loin d’être à la hauteur. En effet, ça commence même très mal:

Vraiment rien? Pas exactement. En les titillant un peu et en leur mettant vraiment sous le nez les cas qui m’ont paru les plus problématiques, ils se sont finalement décidés à me répondre sur deux d’entre eux, mais avec des pirouettes, qui font clairement comprendre qu’ils n’ont aucune intention de reconnaître la moindre erreur, même quand elle danse nue sous leur yeux.

De l’art d’interpréter les propos des absents à sa sauce et sans les citer correctement

Ainsi, concernant la manière un peu particulière dont M. Windisch a relaté l’interview de Mme Saida Keller-Messalhi dans le Journal du matin du 1er octobre 2012, les Observateurs me renvoient au même lien que j’avais justement mis dans mon billet d’origine:

Mais, ils ont dû se rendre compte que quelque-chose clochait, car quelques minutes, il postait ceci:

J’aime bien le coup de la “vraie” version, comme si la précédente était fausse ou manipulée. En réalité, il s’agit de la version complète du journal du matin, avec un aparté accordé à Mme Keller-Messalhi, juste avant de passer à l’émission suivante. Mais bref, oui, il se trouve que la présidente du forum pour islam progressiste affirme, effectivement, que la plupart des gens font ce voyage clandestin ont une histoire criminelle. Mais, minute papillon! Il est un peu trop tôt pour lesobservateurs.ch de crier victoire.

En effet, cela confirme-t-il les affirmations de M. Windisch sur l’éventuelle «libération» d’un grand nombre de prisonniers qui ont ensuite été pratiquer ailleurs, une hypothèse qu’il avait déjà avancé dans un autre billet, en 2012, dans lequel il faisait une comparaison foireuse entre la révolution tunisienne d’un côté et l’épisode de l’exode de 120’000 Cubains en 1980 ainsi que celui de la chute du régime communiste albanais en 1991, de l’autre? Et bien non. A aucun moment, Mme Messalhi ne parle de prisons que le régime Ben Ali ou ses successeurs auraient grandes ouvertes, en envoyant des milliers de condamnés de droit commun aller se faire pendre en Europe. Elle dit simplement que parmi les réfugiés tunisiens arrivés en Europe, nombre d’entre eux ont déjà commis des délits. Si ça se trouve, ils n’ont peut-être même jamais été mis en prison. On sait que les systèmes judiciaires de pays dictatoriaux sont rarement très efficaces pour combattre la criminalité, dans la mesure où les administrations sont complètement corrompues et la justice y est, le plus souvent, totalement arbitraire. En réalité, elle ajoute quelques secondes plus tard (vers 20:00) qu’il est dangereux de stigmatiser l’ensemble des réfugiés tunisiens, car certains sont honnêtes. Mais surtout, pour elle, la source du problème provient du manque d’informations claires et précises en Tunisie sur ces voyages clandestins. Elle aborde alors la question de ces jeunes qui n’ont pas d’avenir économique, personnel en perspective, en Tunisie, et qui ont une image tout à fait fausse de l’Europe et que personne n’informe vraiment ce que c’est qu’un voyage pareil où on risque sa vie et qu’est-ce qui se passe après quand on arrive en Europe. Elle pense donc que l’information pourrait changer les choses.

Or, on a là un déplacement subtil, mais réel dans son discours: pour elle, les migrants qui s’engagent dans ces traversées vers l’Europe sont avant tout des jeunes qui ont perdu tout espoir dans leur propre pays et, il est évident que le chaos étatique et économique qui a suivi la chute du régime Ben Ali, ne pouvait pas vraiment les rassurer. Si nombre d’entre eux ont un passé criminel, il y a donc de bonnes chances que ce soit dans le contexte d’un pays à l’économie complètement disfonctionnelle du fait d’une corruption généralisée, incapable de fournir du travail à l’ensemble de ses jeunes, y compris de ses diplômés, comme l’a particulièrement illustré cet étudiant qui s’était immolé à Sidi Bouzid, enclanchant ainsi l’engrenage révolutionnaire qui allait provoquer la chute du clan au pouvoir, lequel avait littéralement mis l’économie du pays en coupe reglée. De fait, quand elle parle du passé criminel de ces migrants, elle ne parle pas forcément de leur démêlés judiciaires! Elle évoque simplement la réalité d’un pays où une bonne partie de la population a été tenue à l’écart de la croissance et réduite à une économie de survie au jour le jour sur la brèche et souvent illégale. Une partie de l’enregistrement que lesobservateurs.ch et M. Windisch se sont bien gardés de relayer, parce qu’il faut dire qu’il tempère beaucoup les propos qu’ils ont retenus.

Alors, certes, M. Windisch n’a pas indûment mis des paroles dans la bouche de Mme Keller-Messalhi et il apparaît que je me suis donc trompée à son égard…sur ce coup. En effet, j’ai écouté un enregistrement de l’émission mis en ligne dont il me semblait qu’il devait contenir l’intégral du Journal du matin de ce jour, mais il ne comprenait que la partie strictement journal (j’avais écouté l’interview dans sa version filmée, ici). J’aurais donc dû mieux explorer le site de l’émission, avant de m’avancer dans ma remise en cause du billet en question.

Cependant, une bonne partie de ce malentendu aurait pu être évité si M. Windisch avait fait son travail correctement et cité sa source selon les règles, en donnant tout de suite le lien vers le bon fichier d’enregistrement (ce qui est quand même le b-a-b-a du journalisme, mais aussi de toute écriture académique…oui, oui, cette fameuse rigueur invoquée dans ses déclarations lyriques sur l’esprit de recherche….). Ce n’est pas au lecteur de devoir aller retrouver les sources d’un auteur, journaliste ou universitaire. De plus, comme je le montre ci-dessus, il a interprété les propos de Mme Messalhi d’une manière à faire croire qu’elle aurait, quelque-part, corroboré sa comparaison foireuse entre la situation de la Tunisie en 2011 et l’épisode de l’exode de 120’000 Cubains en 1980 ou la chute du régime albanais en 1991. De fait, je maintiens qu’il n’a même pas d’indice, à part de vagues “on-dit”, et encore moins de preuves convaincantes d’une quelconque libération massive de criminels des prisons tunisiennes au moment de la révolution de 2011. Il risque donc de se trouver encore longtemps bien seul avec cette thèse. En matière de recherche des faits et de rigueur dans l’analyse, même un étudiant de 1ère année fait mieux.

Alors? Dur à rattraper? Pas tant que ça, en réalité, tant la comparaison opérée par M. Windisch est en elle-même complètement foireuse! Et le fait est qu’il est le premier responsable de cette mise en cause!

Des rumeurs, que des rumeurs, rien que des rumeurs

Ensuite, concernant les rumeurs de détroussage de cadavres ou de voyageurs blessés par des jeunes de banlieues après le déraillement d’un train à Brétigny, en juillet dernier, relayées complaisamment par les Observateurs près de 36 heures après leur démenti, voici ce qu’ils me proposaient:

 

Petit problème: Ce rapport de synthèse des affaires marquantes du 10 au 16 juillet de la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité (DCCRS), qui, selon le Point cité dans le tweet des Observateurs (mais pas dans les billets que j’ai épinglés), devait démontrer que des centaines d’acteurs sur place avaient plus ou moins tous menti ou minimisé en cœur les faits (ça fait quand même beaucoup de monde à convaincre de mentir, mais bon…), ne constitue en fait qu’une remontée d’information faite à chaud qui doivent par la suite être étayées par les enquêtes et des témoignages sur PV, selon une autre source policière interrogée par l’AFP (reprise par le Nouvel Obs). En d’autres termes, ce rapport n’équivaut en rien au résultat d’une enquête en bonne et dûe forme et les affirmations qu’il contient doivent encore être prouvées.

De plus, il est intéressant de constater que lesobservateurs.ch n’ont jamais cité cet article du Point, ni aucun autre média français reprenant son “scoop”, dans aucun de leur billet sur ce fait divers, préférant plutôt se référer d’abord au blog d’extrême-droite Boulevard Voltaire, puis à la Voix de Russie, qui n’a pas meilleure idée, pour recouper les propos de celui qui a lancé la rumeur, que d’aller lui demander de répéter ce qu’il a dit aux autres médias français, et au forum de Nouvelles de France, et de relayer une rumeur franchement délirante (les jeunes seraient derrière le déraillement du train), ou encore, carrément, à un super-anonyme. Un peu en désespoir de cause, et ayant apparemment complètement raté l’actualité qui concernait ce fameux “rapport”, ils se sont aussi tournés vers RMC et le témoignage d'”Eric”, un pompier qui confirme que oui, certains jeunes étaient agressifs et ont effectivement insulté les secours et lancé quelques pierres. Mais, l’homme ajoute aussitôt que dans les “quartiers”, les interventions sont de toute façon toujours mouvementées. Le journaliste rappelle qu’un employé du SAMU s’est bien fait faucher un téléphone portable (personne n’a nié et il y a eu des arrestations). Mais, des charognards des banlieues occupés à dépouiller les cadavres et les blessés, on n’a, pour l’instant, que des ouï-dire non-confirmés, pas même par la police ou la justice.

Dumque, sur ce coup, je maintiens ma critique à l’égard des Observateurs.ch, qui ont réussi l’exploit de citer des sources de propagande d’extrême-droite pour relayer des rumeurs infondées, démenties depuis au moins un jour déjà, simplement parce qu’elle collait tellement bien avec leur vision des jeunes de banlieues. De toute évidence, la réalité est trop politiquement correcte et gauchiste à leur goût!

Lesobservateurs.ch un site condamné à tourner en rond sur lui-même:

Enfin, lesobservateurs.ch n’ont pas jugé bon de répondre à mes autres critiques, pourtant fondées sur des sources facilement vérifiables (eh oui, je mets les liens, moi!) et une analyse que je juge plutôt rigoureuse de leurs pratiques. Alors, soit ils sont embarrassés et ne veulent évidemment pas le reconnaître, soit ils estiment que je ne suis qu’une sale gauchiste politiquement correcte au service de la pensée unique bien pensante et ils estiment qu’ils m’ont déjà fait un énorme honneur en daignant vaguement me répondre, avec plusieurs jours de retard.

Dans tous les cas, ils font comme si de rien n’était. Ce qui augure plutôt mal de leur capacité à se remettre en question. Pourtant, il s’agissait d’une qualité que M. Windisch lui-même annonçait comme étant au cœur de son projet médiatique dans son fameux billet du 29 janvier 2012. Il y chantait notamment les louanges de la capacité à exploiter la fécondité de l’erreur; les progrès de la connaissance contredisent les inerties des représentations stéréotypées […]. Mais, de toute évidence, ces conseils sont bons pour les autres, ceux qui sont assez bêtes pour suivre les règles de déontologie les plus élémentaires. Lesobervateurs.ch, eux, sont au-dessus de toutes ces basses contingences terrestres décidémment trop politiquement correctes, puisqu’ils sont occupés à des choses autrement plus importantes, comme, par exemple, rabattre le caquet à ces salauds qui osent critiquer les majorités populaires, essayer de faire pleurer Carlo Sommaruga, Simonetta Sommaruga ou encore, cette sale traîtresse d’Evelyne Widmer-Schlumpf, en leur consacrant billet après billet, tous plus hargneux et vindicatifs les uns que les autres. Bien sûr, leur autre grande mission consiste à tresser des lauriers et à chanter les louanges de l’UDC, et notamment de ses ténors, comme le sérénissime Blocher ou le grand poète national Freysinger ou encore l’extraordinaire orateur qu’est Uli Maurer, chaque fois que l’un ou l’autre d’entre eux ouvre la bouche en public! Oui, vu comme les autres médias les boycottent…..Tout ça les occupe déjà largement, ils n’ont effectivement pas vraiment le temps de se préoccuper de choses aussi vaines que la vérification ou le recoupement d’infos! Ils laissent cela à ces sales gauchos de journalistes!

En tous cas, si mes arguments ne les ont jamais convaincus (et je me doutais bien qu’ils useraient des stratagèmes discursifs auxquels ils ont eu recours), leurs méthodes ne pourront jamais leur attirer autre chose qu’un public de gens déjà convertis, et c’est tout. Ils devront donc encore longtemps confondre “pages vues” et “pages lues” dans leurs futurs bilans quantitatifs du succès de leur blog d’opinion collectif.