Au fil de mes lectures #23 | La dictature de la volonté populaire

Commence tout juste? A mon avis, cela fait un moment que cette logique de “dictature de la volonté populaire” se répand progressivement, occupant toujours plus de terrain dans l’espace public et les imaginaires citoyens, notamment grâce à un discours sur la sacralité de la “vox populi”, martelé systématiquement depuis maintenant plus de 20 ans par les nouveaux populistes à la sauce UDC! Celui-ci n’est pas colporté uniquement par les ténors de ce parti, mais aussi par une nébuleuse d'”intellectuels”, souvent amis, champions auto-proclamés du “politiquement incorrect”, qui soutiennent cette “fiction du peuple” (comme le décrit justement le sociologue français Raphaël Logier dans son dernier ouvrage) à l’aide de l’aura d’autorité que leur confèrent leurs titres, et participent activement à sa diffusion aussi bien dans les médias “établis” que sur le Web. Parce que contrairement à ce qu’ils aiment à prétendre, ils ne sont de loin pas censurés. En effet, ils sont même parmi les intellectuels suisses les plus médiatisés, quand ils ne font pas  carrément partie du Who’s Who national! Et même s’ils ne sont pas légions, cette configuration socio-médiatique rend leur pouvoir de nuisance inversement proportionnel à leur nombre absolu.

Béquilles

Oulààà, voilà que je ne me souviens plus de ce que j’avais voté sur l’initiative Minder – celle qui bride le salaires et bonus excessifs des patrons en donnant plus de pouvoir aux actionnaires. Pourtant, j’avais bien suivi la campagne, interviewé Thomas Minder et son principal adversaire Dominique Biedermann. En secouant mes neurones, je crois que j’avais glissé un “non” dans l’urne, parce que l’outil me paraissait mal adapté à l’usage, en soi louable, qu’on prétendait en faire.

Pourquoi m’attarder sur ce cas personnel d’Alzheimer politique? Parce qu’il me paraît symptomatique du malaise que vivent les démocraties d’aujourd’hui, y compris la démocratie directe à la Suisse.

Le sentiment dominant est celui de l’impuissance. A quoi bon voter, se demande le citoyen moyennement motivé? “Ils” n’en font de toutes façons qu’à leur tête, et même quand “ils” ont encore quelques restes de bonne volonté, la complexité du monde globalisé les émascule. Le divorce entre la population…

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