Au fil de mes lectures #22 | Islamisme et secte: même combat

Voilà un article sur Slate.fr dont le contenu serait probablement écarté d’un revers méprisant de la main par nombre de contempteurs de l’islam se proclamant “politiquement incorrect”! En effet, il ose poser la question, probablement complètement incongrue à leurs yeux: Les ados djihadistes français sont-ils des criminels ou des victimes? Sa conclusion devrait ainsi leur sembler particulièrement ébouriffante:

A partir de ce diagnostic, la justice devra faire la distinction entre une personne  victime du système et un indvidu responsable de sa radicalisation. Une disctinction qui ne s’applique par aux adolescents: «si c’est un mineur, il est juridiquement défini comme vulnérable donc il n’est pas condamné», martèle Catherine Picard. Dans tous les autres cas, même s’ils sont reconnus comme étant sous emprise mentale, ils devront purgé leur peine. «Ces jeunes endoctrinés ne sont pas partis acheter une baguette de pain. Le rapport à la loi fait aussi partie des techniques pour travailler le retour au principe de réalité», explique Dounia Bouzar.

Pour encadrer et appréhender leur retour, les spécialistes proposent diverses solutions: notamment la mise en place de groupes de réflexion animés par des imams et des psychologues pour qu’ils repprennent pied dans le monde réél et éviter qu’il fasse l’amalgame entre l’islam et le djihadisme. Pour l’anthropologue, «il s’agit non pas de les assigner à un rôle de terroriste mais tout de même de les responsabiliser, c’est à dire de leur faire prendre conscience des conséquences que leur action aurait pu provoquer dans la vraie vie». L’islamophobie rampante rend cette mission difficile. «En France, l’ennemi fédérateur est le musulman, force maligne, impotente, imposante, contre laquelle il faut se défendre», constate Raphaël Liogier, sociologue à Sciences Po et auteur du livre «Ce populisme qui vient».

Dans ce contexte, l’opinion publique aurait dû mal à accepter que le djihadisme puisse être une secte et que les jeunes qui partent combattre puissent être des victimes. «Par définition, les personnes qui sont happées par des sectes sont considérées comme faibles psychologiquement. En France, on a besoin de considérer les djihadistes comme responsables de leurs actes car ils sont l’expression du Malin. En les considérant comme forts et non pas comme faibles, ils ne peuvent pas avoir pour nous le statut de victimes.»

Une analyse qui pourrait expliquer l’absence de soutien des institutions aux parents. «Lorsqu’ils demandaient de l’aide, on leur a longtemps répondu qu’ils devaient accepter que leur enfant se soit converti, ou “soit devenu plus musulman” qu’eux-mêmes», rapporte Dounia Bouzar. Pour pallier ce manque, l’anthropologue a mise en place des centres de prévention contre les dérives sectaires liés à l’islam en attendant que le gouvernement s’empare de cette problématique.

Or, des sites néoconservateurs comme Riposte Laïque, Résistance républicaine, France de Souche, Dreuz.info, l’Observatoire de l’islamisation, les Observateurs.ch, Boulevard de l’Islamisme etc., passent une bonne partie de leur temps à diffuser cette idée que les jeunes embrigadés dans des mouvances islamistes y adhéreraient forcément en toute connaissance de cause et totalement librement. En d’autres termes, ils seraient parfaitement conscients non seulement de l’illégalité de leurs actes, mais aussi de leur immoralité. A force de répéter ce mantra, cette nébuleuse néoconservatrice a fini par trouver un écho auprès d’un grand public toujours plus à la recherche du “coupable” à punir le plus sévèrement possible, afin d’éviter que tel ou tel événement tragique ne se reproduise jamais, jamais, jamais!

On se retrouve alors dans cette situation paradoxale où la prévention devient particulièrement difficile, parce que les institutions ne reçoivent plus les moyens nécessaires pour venir en aide aux personnes confrontées directement à ce genre de piège ou à leur entourage. En effet, combien de fois n’a-t-on pas lu que tout était de la faute non seulement de la culture (i.e., de l’islam), mais aussi des parents démissionnaires de ces jeunes immigrés? La diabolisation à outrance fait qu’aujourd’hui, l’opinion publique, du moins sa portion la plus bruyante, refuse net toute autre mesure qu’une répression absolue, faisant même fi de l’obligation de respecter les Droits de l’Homme. En effet, dans la tête de ces citoyens, un djihadiste, même jeune, même adolescent, a renoncé à son statut d’être humain à partir du moment où il a commis ses crimes ou simplement a projeté d’en commettre.

Et à mon sens, c’est là que réside le plus grand danger pour notre civilisation, qui, n’en déplaise à ces champions auto-proclamés, ne se base pas sur une vision étriquée et réactionnaire du (judéo-)christianisme, conçu comme une espèce de bastion “anti-maures” et anti-modernité, mais sur le principe d’une humanité commune, avec ses forces et ses faiblesses, et donc de ses droits fondamentaux, tels qu’édictés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il n’y a pas meilleure manière de saper les fondements de notre civilisation que de vouloir faire des exceptions à tout-va!