Simplement correct #4-5 | Les Observateurs et le (néo)conservatisme Web des années 90

Tanuki_AnniversaireJoyeux Anniversaire aux Observateurs.ch! En effet, cela fait maintenant deux ans que ce site existe et son fondateur, M. Uli Windisch, ancien professeur de sociologie des médias à l’Université de Genève, a décidé de faire un état des lieux. A l’origine, son ambition affichée était de créer un blog permettant de lancer un véritable courant de pensée conservateur et de droite, et appelé à devenir un média à part entière. Rétrospectivement, on peut dire que la mission est à un tiers accomplie. Comme promis, les bien-pensants, à savoir tous ceux se trouvant à la gauche de l’UDC, sont bien devenus une première cible. De plus, comme il le dit lui-même dans son projet de plateforme multimédia d’un type nouveau en Suisse romande: Les suggestions farfelues et irresponsables comme celles de la suppression de l’armée, du dépassement du capitalisme, de l’adhésion immédiate à l’UE, du remplacement des policiers par « des médiateurs culturels », sont laissées à leurs défenseurs habituels. Par contre, on est encore loin et même très loin de la constitution d’un mouvement intellectuel quelconque et des autres objectifs annoncés dans le même document, dont la constitution de dossiers par des spécialistes qui font référence et qui vont à l’encontre d’affirmations rapides, stéréotypées voire erronées. Sur ce point, comme je l’ai déjà démontré ici, c’est même le contraire qui a été accompli. On a rarement vu autant de lieux communs étalés sur les sujets de prédilection du site.

Ainsi, quoiqu’en dise le Rédac’chef , après deux ans d’activité, sa créature médiatique se réduit encore à un blog collectif d’opinions qui tourne passablement en rond et se contente de réagir à l’actualité sous forme de chroniques, souvent au vitriole, et parfois à la limite du diffamatoire. Du coup, son appel initial à ne pas se laisser aller à la vulgarité, la dénonciation, la hargne, etc, et à faire preuve de style, de grandeur et de compétences, semble être véritablement tombé dans l’oreille d’un sourd. En d’autres termes, malgré les revendications au “politiquement incorrect”, entendez à la résistance au soi-disant conformisme politico-médiatique dominant, ce blog a bien du mal à se démarquer de la floppée de blogs existants, et notamment des autres sites néoconservateurs se réclamant du même combat, mobilisant nos pires biais cognitifs, tout cela au nom d’un “bon sens” qui a surtout bon dos. A cet égard, on comprend donc que les investisseurs de la première heure, qui avaient accepté de soutenir cette initiative à hauteur de 5 zéros, ne se bousculent plus au portillon. Et c’est justement sur cet écueil que M. Windisch vient aujourd’hui buter. Qu’en plus, il évalue le succès de son site selon des termes qui prévalaient encore au début du Web, dans la deuxième moitié des années 90, c’est-à-dire essentiellement en nombre de “cliques” surinterprétés, n’aide évidemment pas!

Cela explique probablement qu’il commence par se jeter à lui-même de gros bouquets de fleurs en nous expliquant que son site n’a eu de cesse de rencontrer un succès très considérable depuis ses débuts, qui, selon lui contrasterait fortement avec la morosité ambiante chez les journaux romands! Rien que ça! Puis, il se met à pester sec contre ces lecteurs qui passeraient tellement de temps sur son “site”, mais ne mettraient jamais la main au porte-monnaie pour le soutenir. Parce que, voyez-vous, maintenir un blog collectif d’opinion, demande un travail très considérable et ça coûte plus cher, paraît-il, qu’on ne l’imagine, même si l’élément principal du site, à savoir les articles, ne lui coûte strictement rien, puisqu’il est fourni gratuitement par de gracieux contributeurs! D’autant plus gracieusement d’ailleurs, que nombre d’entre eux restent complètement anonymes! Du coup, l’équipe réduite entretenant le site commencerait à tirer la langue! Donc, M’sieurs-dames, à votre bon cœur politiquement incorrect! Veuillez donc, merci s’il vous plaît, mettre de jolis sous-sous dans la tire-lire! Allez, quoi! Comme cadeau d’anniversaire!

Le fondateur des Observateurs.ch nous gratifie d’abord de quelques statistiques si mirobolantes qu’elles ne peuvent que faire douter. Il faut aussi dire qu’il les présente d’une manière à faire ressortir des nombre commençant par deux chiffres suivis de pleins de zéros, tout en essayant de nous faire oublier qu’il s’agit de moyennes globales. En d’autres termes, la grenouille veut apparaître aussi grosse qu’un bœuf, sans l’être réellement. C’est ainsi que selon lui:

Actuellement, à la fin de l’an 2013 : plus de 14.000 articles ont été publiés et repris ; des pics d’audience exceptionnels ont atteint parfois près de 30.000 visites par jour ; avec plus de 100.000 pages lues certains jours. Même si ce sont là des maxima, les visites se situent néanmoins quotidiennement entre 4000 et 10.000 visites, avec chaque fois 3 articles lus en moyenne par chaque visiteur, soit entre 12.000 et 30.000 pages lues par jour ( à titre de comparaison, à fin 2012 le nombre moyen de visites était de 2000 environ quotidiennement et le nombre de pages lues de 5000 par jour).

Plus que des exclusivités, surtout des reprises du Web pour attirer des “cliques”

Or, après un rapide calcul par catégorie, je ne compte pas plus de 3’130 articles rédigés par M. Windisch ou d’autres contributeurs, anonymes ou pas. Les plus de 10’000 autres textes se divisent en deux catégories: les “Brèves” et le “Flux”, qui n’est plus affiché à ce jour (fig.1). Dans les deux cas, il ne s’agit en réalité que d’extraits de contenu publié ailleurs, y compris sur des sites “politiquement corrects” et “bien-pensant” (selon ses propres critères), accompagnés d’une courte accroche et d’un lien, rassemblés probablement par des robots de Google ou d’un autre moteur de recherche au cours de collectes d’articles quotidiennes et pré-programmées sur la base de mots-clés!

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Fig. 1: Comme on peut le constater, la catégorie du “Flux” et celle des “Brèves” comprennent près des 3/4 des 14463 “publications” sur lesobservateurs.ch au 31 décembre 2013. © Ariane Beldi, 2014. [Cliquez pour agrandir l’image]

C’est d’ailleurs en grande partie à cause de cette pratique que les Observateurs peuvent s’enorgueillir de milliers de visites chaque jour, comme l’a constaté en décembre dernier Martin Grandjean, chercheur en histoire et spécialistes en humanités digitales. Or, le nombre de nouvelles pages ajoutées à un site constitue un des principaux critères de calcul de sa valeur pour son référencement dans les listes des moteurs de recherche et leur positionnement dans les résultats par mots-clé. Justement, pendant ces 17 jours, ce ne sont pas moins de 9’800 extraits d'”articles repris” qui ont été publiés, comme le montre la capture d’écran ci-dessous de la dernière des 98 pages (avec 100 résultats par page) de la catégorie “Flux” (fig.2). Cela signifie qu’en réalité, près des deux-tiers des près de 15’000 articles publiés sur le site ont été postés en moins de trois semaines! Et il est alors tout à fait plausible que cette soudaine explosion d’activités ait généré des milliers, voire des dizaines de milliers d'”entrées” sur les pages du blog des Observateurs.ch, faisant alors littéralement s’envoler la moyenne totale de l’ensemble des visites quotidiennes et des pages vues depuis les débuts de ce blog.

Fig. 2: Capture d’écran de la page de la catégorie “Flux”, prise le 29.03.2014 à 14:53. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir]

Maintenant, quant à savoir si les internautes, s’il s’agissait seulement d’internautes, les ont vraiment lues ou seulement vues, c’est encore une autre question, sur laquelle M. Windisch passe comme chat sur braise. En effet, il semble considérer que “vu” = “lu”.

Une page visitée n’est pas forcément une page lue

En effet, je crois qu’il n’y a pas besoin de faire tout un cours de sociologie sur les usages de la toile et la réception médiatique pour se rendre compte de la différence entre voir une page Web et la lire. On en lit évidemment beaucoup moins qu’on n’en accède au cours de ses pérégrinations numériques. Or, pour l’instant, il n’existe à ma connaissance aucun logiciel permettant de savoir si l’internaute a lu un peu, en entier ou pas du tout la page qui s’est affiché devant ses yeux. Il est bien sûr possible d’étudier la manière dont les usagers se comportent sur le Web, mais cela requiert leur participation et tout un appareillage pour suivre les mouvements de leurs yeux, comme le montre cette étude réalisée par Nielsen Norman Group. Cela signifie que M. Windisch s’avance un peu trop quand il nous annonce triomphalement que chaque visiteur lit en moyenne 3 pages du site à chacune de ses incursions sur lesobservateurs.ch! Tout ce qu’il sait, c’est qu’en moyenne 3 pages du site sont vues quotidiennement par chaque visiteur. Pour avoir une ne fût-ce qu’une vague idée de ce qui a été reçu par chaque visiteurs, on peut croiser un certain nombre de données recueillies par les outils d’analyse du trafic du Web, comme par exemple ce que l’on appelle le taux de rebond, le temps passé sur le site, en plus du nombre moyen de pages consultées par chaque visiteur. Le problème ici est qu’il ne nous donne pas vraiment ce genre de détail. Je n’ai donc pas eu d’autres choix que de soumettre le site lesobservateurs.ch à des logiciels en-ligne d’analyse de trafic qui valent ce qu’ils valent.

Un taux de rebond élevé

Il arrive ainsi souvent que l’on débarque sur une page pour se rendre compte que l’on n’a pas abouti là où on le voulait. Le premier réflexe de la plupart des internautes qui n’ont pas forcément envie de butiner à droite ou à gauche est alors de sortir immédiatement de la page et de revenir en arrière à la bifurquation précédente pour essayer un autre choix. Ou alors, on quite la page sur laquelle on a débarqué en cliquant sur un lien qui nous envoie vers un autre site, et on ne revient plus en arrière. On appelle ce phénomène le “rebond” (“bounce”) et Alexa, un des outils d’analyse du trafic Web de référence, peut estimer le taux de visiteurs qui “rebondissent” en se basant sur les actions des millions d’usagers ayant installé sa barre outil sur leur navigateur. Pour les Observateurs.ch, on obtient ainsi un taux de près de 74% (fig.3), c’est-à-dire que près des trois-quarts des visiteurs ne voient qu’une page du site par visite. Or, ce taux n’a cessé d’augmenter depuis les débuts du site, pour ne connaître une baisse effectivement significative à 62% qu’au mois de décembre 2013, avant remonter fortement à 76%, une fois le module de “Flux”, retiré et de se stabiliser au-dessus de 70% depuis lors.

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Fig. 3: Graphiques Alexa montrant les taux de rebonds sur lesobservateurs.ch durant les 2 premières années d’existence du site (graphique du haut) et durant les 6 derniers mois (graphique du bas). [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Des visiteurs qui ne restent pas assez longtemps

De plus, Alexa indique que le nombre de pages vues chaque jour par visiteur n’est, à ce jour, que de 1.28 et que le temps qu’il passe sur le site est d’1.55 minutes (Fig.4). Or, même si nombre d’articles sont courts, je doute qu’il soit possible de vraiment se faire une idée du contenu en moins de 2 minutes!

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Fig. 4: Capture d’écrans de la page de résultats d’Alexa pour le taux de rebond, la moyenne des pages vues par jour et par visiteur et le temps de visite moyen sur lesobservateurs.ch, prise le 31.03.2014 à 11:00. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Attention aux moyennes!

Ensuite, concernant le nombre de visiteurs et de pages affichées (ou “lues” selon M. Windisch), il ne faut pas oublier qu’il nous parle de moyennes, c’est-à-dire de l’ensemble des résultats aglomérés sur 24 mois. Quand il nous annonce entre 4000 et 10.000 visites, avec chaque fois 3 articles lus en moyenne par chaque visiteur, soit entre 12.000 et 30.000 pages lues par jour, il faut se demander s’il s’agit d’une moyenne stable sur toute la durée en question ou bien si elle n’est pas tirée vers le haut par des périodes particulièrement fastes. En effet, il nous donne une fourchette qui va littéralement du simple au plus du double, ce qui est déjà un signe qui peut indiquer que les moyennes sur lesquelles il se fonde varient énormément d’une mesure à l’autre.

Même si je n’ai pas accès aux vraies statistiques, en soumettant lesobservateurs.ch à plusieurs sites de calculs de trafic, j’obtiens une moyenne de visiteurs quotidiens oscillant entre 510 visites quotidiennes chez Website TrafficSpy et 3383 visites quotidiennes chez HypeStat ainsi qu’une moyenne de 4157 pour le seul mois de mars 2014 chez TrafficEstimate. Les différences sont importantes et pourraient s’expliquer par des méthodes de mesure se basant sur divers types de données. Cependant, je n’en ai trouvé aucun pour me donner des moyennes aussi élevées que 10’000, voire 30’000 ou même 100’000 visites quotidiennes! De fait, je pense que la moyenne la plus fréquente tourne probablement plutôt autour de 1000 à 3000 visites quotidiennes, avec peut-être une pointe ponctuelle ou deux à 10’000 et même éventuellement à 30’000 (je suppose en décembre 2013), ce qui permet probablement de gonfler la moyenne globale sur les deux années d’existence du site.

Ensuite, pour ce qui est du nombre de pages vues (et non pas lues, comme le prétend M. Windisch), là aussi, les logiciels d’analyse ne sont pas entièrement d’accord entre eux, mais aucun ne parvient aux mêmes résultats globaux que lui. Ainsi, les moyennes quotidiennes oscillent entre 1.28 pages vues par utilisateur chez Alexa, 1.29 chez Hypestat et chez Website TrafficSpy entre janvier et mars 2014, et 1.7 pour ces trois derniers mois chez Website Outlook. Là aussi, on est loin des 3 pages soi-disant lues quotidiennement. Ou plus exactement, comme on peut le constater avec les données fournies par Alexa depuis 2012 (fig.5), on s’aperçoit de deux pics très importants et deux autres un peu moins qui peuvent naturellement tirer sa moyenne globale vers le haut, le reste oscillant entre 0.5 et 2 pages “vues” par visiteur.

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Fig. 5: Graphique représentant les moyennes mensuelles du nombre de pages vues par chaque usager depuis janvier 2012. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Le tout premier pic, avec une moyenne de plus de 9 pages affichées par visiteurs, correspond à la période du lancement du site, qui, pour un blog, a bénéficié d’une couverture inhabituelle par ces médias romands si honnis, ce que M. Windisch oublie régulièrement de mentionner. Je pense notamment à son interview au 19:30 avec Darius Rochebin, un des programmes les plus suivis du service public télévisuel et à un article dans Le Temps, la référence romande en matière de presse écrite quotidienne, mais aussi, par exemple, 20 Minutes. Naturellement, le Nouvelliste, quotidien valaisan qui lui offrait déjà un espace de chronique hebdomadaire depuis quelques années, a aussi participé à la célébration de ce nouvel organe de presse! Le deuxième, à un peu plus de 8 pages vues, se situe en juillet-août 2012, et peut s’expliquer en partie par les vacances (plus de temps pour surfer), l’après-votation sur la Lex Weber, dont la mise en œuvre a fait énormément débat (notamment chez les Observateurs), ainsi que par l’arrivée du 1er août, un moment de manifestation patriotique. Le pic en décembre 2012 est peut-être en partie dûe à la célébration des 20 ans du “non” à l’EEE. La votation sur la politique familiale au niveau fédérale en mars 2013 est probablement en partie responsable du pic constaté à ce moment-là.

Mais, quelles que soient les raisons de ces moyennes élevées ponctuelles, il apparaît que les nombres extraordinaires dont se félicite le fondateur des Observateurs.ch renvoient probablement à ces moyennes particulièrement avantageuses et non pas à une moyenne constante et stable du site. Il semble donc qu’il surestime largement le succès de son site.

Vraiment des visiteurs?

Par ailleurs, rien ne nous dit que ces milliers de visiteurs quotidiens annoncés dans ce “rapport” d’activités soient bien des humains et non pas en partie des robots. Or, ceux-ci sont généralement aussi compatibilisés par les outils d’analyse du trafic, lesquels ne peuvent pas faire la différence entre une machine et une personne. Le problème est qu’il apparaît que plus de 35% des requêtes sur le Web soient dues à des robots et à des ordinateurs-zombies. En d’autres termes, les valeurs quantitatives réelles du blog des Observateurs ne sont probablement pas aussi élevées que celles indiquées par le rédac’ chef!

Plus de 100’000 commentaires en 2 ans…? Ou 90’000 spams?

Alors, quid des plus de 100’000 [commentaires] postés et des plus de 10’000 publiés après modérations, qu’il annonce triomphalement un peu plus bas? Est-ce que ce ne serait pas une preuve du succès phénomènal de ce site?? De nouveau, non.

Primo, M. Windisch ne nous dit pas clairement pourquoi lui ou les autres modérateurs ont rejeté près de 9 commentaires 10. Il nous parle d’exigences qui restent fortes, mais ne précise pas vraiment ce en quoi elles consistent. Il énonce comme critère principal de publication l’obligation de soumettre des commentaires argumentés, mais quand on considère le nombre de ceux qui se contentent d’affirmer péremptoirement ou de s’indigner, ne comprenant souvent en tout et pour tout que 3-4 malheureuses lignes se courant l’une après l’autre, on se demande un peu quelle est sa définition de l’argumentation. Si je prends au hasard, tiens, par exemple, la “Brève” publiée le 19 mars dernier et intitulée Suisse-Russie: accord de libre-échange suspendu…, renvoyant vers un article du Temps (fig. 6).

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Fig. 6: Capture d’écran de la page de la Brève prise le 30.03.2014 à 00:53. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Comme on peut le constater (fig. 7), la plupart des interventions n’argumentent presque pas, se contentant d’asséner des opinions et des affirmations plus ou moins gratuites. Mais, comme il s’agit essentiellement de lecteurs commentant régulièrement et surtout, qui sont essentiellement d’accord avec tout ce qui s’écrit sur ce blog, apparemment, les modérateurs n’y regardent pas de trop près! Pas même quand les propos sombrent dans l’invective pure, avec de gros sous-entendus bien lourdement connotés, comme ceux de Derek Doppler ou de Cain Marchenoir! A leur décharge, la réaction de la Rédaction à cet article du Temps n’est guère argumentée non plus! Mais, ces commentaires sont assez représentatifs de ce que les modérateurs acceptent de régulièrement publier.

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Fig. 7: Capture d’écran des commentaires postés sous la Brève, prise le 30.03.2014 à 23:42. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Deuxio, si Monsieur Windisch avait initialement décrété qu’il n’était pas question de laisser les spécialistes du dénigrement gratuit et unilatéral venir contester et ridiculiser constamment tout propos contraire à leurs œillères parce que ce type de propos envahit déjà suffisamment le net, il semble avoir revu sa politique de filtrage des commentaires. Ainsi, il semblerait qu’il se soit décidé à se montrer un peu plus démocrate en la matière, histoire de ne pas donner l’impression que ce soit toujours les mêmes qui s’expriment. En effet, il suffit de jeter un œil sur le menu des “Commentaires récents” pour se rendre compte que la majorité des réactions proviennent d’un noyau dur de fidèles (fig. 8).

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Fig. 8: Capture d’écran de la page d’accueil du 30.03.2012 à 00:06, avec la liste des commentaires récents. [Cliquez sur l’image pour l’agrandir.]

Rien que pour cette semaine, près de 40% des intervenants comptabilisaient individuellement plus de 5 commentaires, certains, à l’instar de jessica, de P. M. Vergères ou de dominique degoumois ayant envoyé pas moins d’une quinzaines de réactions entre le 22 et le 29 mars 2014! J’estime ainsi le nombre de lecteurs-commentateurs réguliers à environs une cinquantaine de personnes. Mais, à eux seuls, ils peuvent effectivement produire plusieurs centaines de commentaires par mois, certains ayant commencé à interagir avec les auteurs d’articles depuis les débuts du site. Sinon, il y a un certain nombre d’internautes qui n’ont commenté qu’une seule fois. Cependant, je doute qu’ils représentent la majorité des réactions, puisque si l’on tient compte des estimations fournies par Alexa, les visiteurs de passage sont probablement rares à commenter. En effet, il apparaît que plus de 70% d’entre eux repartent vers d’autres cieux numériques sans visiter d’autres pages du site, avec un temps moyen de “vue” de moins de 3 minutes. Cela signifie qu’en tout, on peut estimer le nombre de visiteurs HUMAINS ayant commenté au moins un billet des Observateurs.ch entre 800 et 1000 personnes, ce qui est déjà considérable pour un tel blog. Mais, je doute fort qu’elles aient pu envoyé plus de 100’000 commentaires!

Ainsi, les 90’000 (s’il y en a bien eu 90’000) qui sont passés à la trappe ne peuvent être que des spams, automatiquement générés par des robots. En effet, à moins que le site n’ait été assailli par une véritable horde de trolls, je ne vois pas trop ce qui pourrait justifier une tel taux de rejet. La plupart des services d’hébergement de site et de blog fournissent aujourd’hui des filtres qui opèrent un premier tri automatique. Du coup, je ne serais pas étonnée que les modérateurs de ce blog aient aussi eu à faire à ces nuisibles et dans une bien plus grande proportion que son rédac’ chef ne veut bien le reconnaître.

Et il se trouve qu’en lisant un peu entre les lignes, on se rend compte que M. Windisch reconnaît à demi-mot que le blog des Observateurs.ch est effectivement essentiellement fréquenté par un groupe restreint de personnes, apparemment déjà en partie identifiées par la “Rédaction”:

Du point de vue financier il devient maintenant absolument indispensable que les lecteurs réalisent la nécessité de participer plus activement au soutien financier du site. Quelques lecteurs ont fait un effort financier certain et nous tenons à les remercier encore une fois très sincèrement mais leur nombre est beaucoup trop restreint. Si cette situation ne change pas nous devrons, après deux ans de gratuité, passer à un système payant, tout en espérant encore pouvoir éviter ce passage. Relevons que bien des personnes sont prêtes à faire des dépenses inconsidérées dans toutes sortes de domaines de leur vie quotidienne mais ne donnent pas un sous pour un site qu’ils viennent pourtant consulter en permanence! Il faut simplement que ces personnes sachent que les choses ne peuvent pas continuer ainsi.

Et c’est là que ça devient presque drôle!

L’incohérence de la “Rédaction” des Observateurs

On se souvient qu’au début de son billet, M. Windisch se vantait d’avoir un site qui se porte tellement mieux que la presse romande, empêtrée dans la pensée unique politiquement correcte de la gauche bien-pensante au point de perdre peu à peu ses lecteurs et ses ressources financières. Or, il apparaît que son ambition de transformer ce qui n’est en fait qu’un blog collectif d’opinions défendant une optique néo-conservatrice en un média révolutionnant le paysage médiatique romand se heurte exactement au même écueil qui pose tant de problèmes à ces institutions qu’il passe son temps à sermonner. En gros, il se rend compte que la logique de gratuité financière du Web n’est pas particulièrement compatible avec la constitution d’un média viable à long terme. Oui, même le simple dézingage à tout-va des adversaires idéologiques demande quand même certains efforts plutôt chromo-phages qui peuvent empiéter sur d’autres activités et donc nécessiter une rémunération minimale. Et il se trouve que faire du vrai journalisme, avec tout le tsoin-tsoin d’investigation, de tri, de recoupement, etc., ça coûte encore plus cher!

Seulement, voilà, pour convaincre le public de contribuer financièrement à une entreprise, encore faut-il arriver à se distinguer des autres, et notamment de ceux qui font exactement la même chose, mais gratuitement. En effet, il existe à ce jour des centaines de blogs francophones néo-conservateurs et se réclamant de la même idéologie identitaire que celle défendue par les Observateurs.ch, ayant recourt aux mêmes grosses ficelles discursives! La Rédaction les connaît bien…puisqu’elle renvoie régulièrement vers eux dans ses “Brèves”: les Boulevard Voltaire, Boulevard de l’islamisme, Observatoire de l’Europe, Observatoire de l’islamisation, Salon Beige, France de Souche, Libre Penseur, Les Moutons Enragés, Riposte Laïque, etc, etc, et… Pire, il a été pris en quelque sorte de vitesse par des sites comme Polémia, Causeurs, Valeurs Actuelles, Nouvelles de France, Dreuz.info, etc., qui se sont déjà constitués en véritables médias néoconservateurs et identitaires. Ceux-ci ne se contentent pas de cracher sur tout ce qui se situe à leur gauche, mais se sont lancés dans du journalisme, enfin, plutôt de l’alterjournalisme. En effet, ça se dit journalisme, ça ressemble à du journalisme, mais ça n’est en réalité que de la propagande déguisée en journalisme. Cependant, grâce à ce déguisement, ils arrivent à capter un public beaucoup plus nombreux qui a enfin l’impression d’avoir SON journal en-ligne, voire même sous forme papier, à l’instar de Valeurs Actuelles et Causeurs. Or, Les Observateurs.ch ont certes un ancrage en Suisse romande et avaient, apparemment, le désire de devenir une espèce de Weltwoche francophone, mais une part significative de leur contenu vient de France, est rédigé par des Français (notamment Christian Vaneste) et…concerne la France! Je connais peu de sites d’information suisse qui auront autant suivi les législatives françaises et notamment le Front National.

Du coup, dans ces conditions, abandonner la gratuité se révélerait sacrément casse-pipe! En effet, pourquoi les internautes paieraient-ils ici pour quelque-chose qu’ils peuvent avoir gratuitement ailleurs et tout aussi facilement? De plus, contrairement aux Observateurs.ch, tous ces blogs/médias ne sont pas incohérents au point d’exiger de leurs lecteurs qu’ils se fassent connaître des modérateurs sous leur véritable identité et proposent des commentaires bien argumentés, tout en se permettant de publier régulièrement des articles au vitriole, parfois à la limite du diffamatoire, et souvent sans réelle argumentation, fournis en plus par des courageux “sans-noms” dont la “Rédaction” respecte scrupuleusement l’anonymat!

Si les Observateurs.ch veulent réellement avoir un lectorat un peu conséquent et qui accepte de payer pour le contenu de ce blog d’opinion (parce qu’on ne peut honnêtement pas prétendre qu’ils y font du journalisme, au mieux, de la chronique et des éditos, et encore….), il va falloir qu’ils se démarquent sérieusement de ce qui se fait déjà sur le Web! Or, leur “politiquement incorrect” est en réalité incroyablement banal et conformiste! En effet, il n’y a rien de plus commun que de se réclamer constamment du “peuple” et de prétendre vouloir lui donner une parole qui lui aurait été volée par les “élites”! Cela doit faire au moins un bon siècle que ce stratagème discursif est utilisé comme moyen de se donner à bon compte une posture provocatrice et héroïque! Il  est tellement usé et élimé qu’il en craque de partout! Internet lui offre peut-être encore quelques prolongations, mais il sera de plus en plus difficile de le faire passer pour autre chose qu’une manifestation d’un manque total d’imagination et d’originalité de la part de ceux qui y ont recourt.

Et puis, demander aux lecteurs fidèles du site de verser leur écot par PayPal, franchement, j’vous demande un peu, est-ce vraiment bien raisonnable?? Non mais, allô quoi! Z’êtes un Suisse et Z’avez même pas de CCP? Non, mais allô, allôôô! C’est comme si j’vous disais, z’êtes Valaisans et z’avez même pas de raclette! Pfff….