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Sur un fil de la toile #9-3 | Non, le racisme n’est pas un délit!

Voilà un très bon billet de blog qui met certains points sur les “i”, à commencer par la distinction entre la haine et l’appel à la haine, mais aussi les actes et les opinions, et enfin, sur le choix des armes pour combattre les idées destructrices et “nauséabondes”: le débat, pour contrer, pied à pied, ces idées/opinions, ou la censure et l’interdiction légale.

Vous pouvez vous douter que si j’adhère à ce texte, c’est en grande partie parce qu’il exprime, souvent plus éloquemment que je ne l’ai fait jusqu’à maintenant, ma conviction que ces lois contre l’incitation à la haine constituent finalement une forme de renoncement et de démission démocratique face aux citoyens qui expriment des idées problématiques. Sa conclusion énonce assez bien ma position actuelle:

Si nous choisissons la première alternative (la censure et l’interdiction des incitations à la haine), nous ne ferons gagner qu’un peu de répit sur les digues que le balancier du temps et de la transgression finiront toujours par renverser.

Si nous choisissons la seconde (le débat public), nous travaillerons sur les hommes eux-mêmes, en les prenant comme des intelligences aptes à se rendre compte par elles-mêmes du chaos auquel la haine nous mène. Plus fastidieux et moins spectaculaire que de cloisonner les idées de haine dans des enclos… tout comme il est plus laborieux d’apprendre à un homme à pêcher que de lui donner un poisson par jour.

A entendre certains, on a l’impression que la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui serait si ancienne et la culture du débat tellement profondément enracinée dans les mentalités de nos concitoyens, qu’il ne serait plus excusable que certains d’entre eux puissent encore exprimer des idées aussi absurdes et destructrices, ce qui justifierait la nécessité de les punir. D’où la nécessité de ces lois, si le débat ne suffit plus à circonvenir ces idées. Or, la démocratie moderne a véritablement moins de 200 ans et le sport de combat intellectuel qu’est le débat est loin d’avoir vraiment pris sa place parmi la panoplie des moyens de discussions dans l’espace public. La plupart des gens conçoivent le débat comme un ring de boxe dans lequel l’important est de mettre son adversaire K.O., par tous les moyens, même les plus déloyaux, tels que la diffamation ou la calomnie, ou les plus vicieux, comme le harcBagarre_Mangaèlement et la déstabilisation verbale. Dans ce cadre, les lois contre l’incitation à la haine sont comprises comme un moyen légal supplémentaire pour réduire l’autre au silence. Et à entendre certains de leurs partisans, c’est bien à cela que serviraient ces lois.

Cela dit, l’auteur ne semble pas les dénoncer les lois qu’il estime justifiées pour ce qu’elles signalent en grosses lettres le risque impliqué par la faiblesse de l’esprit humain et la facilité avec laquelle il est possible de pousser les gens à adhérer à des idées simplistes et potentiellement dangereuses, ce qui les rend alors susceptibles de se laisser entraîner par la foule, si celle-ci devait se constituer. Il s’agit d’indiquer aux gens une limite claire et nette à ne pas dépasser dans l’abjection. Si je peux suivre cette ligne de raisonnement et le comprend assez bien, il me semble que cela ne résout pas le problème de l’arbitraire du tracé de cette limite et dans la tentation, très forte, que souligne l’auteur, d’en faire un outil de lissage de l’espace public par crainte des divisions que ce genre de débat pourrait générer.

Or, cette peur de la division me sembler renvoyer à une idée de la démocratie qui peut sembler idyllique à première vue, mais ne l’est pas vraiment, soit, une démocratie où tout le monde il est gentil avec tout le monde, où tout le monde il est d’accord avec tout le monde et où tout le monde ne fait qu’un avec tout le monde. Or, ce n’est pas de la démocratie, mais plutôt “Le meilleur des mondes”. La démocratie, ce n’est pas la négation des dissensions et des désaccords, même vifs et durables. C’est un moyen de gérer ces occasions de frictions en respectant les droits fondamentaux des uns et des autres. Faire taire une partie de la population au prétexte que leurs idées pourraient potentiellement mener à des actes destructeurs (mais à condition que toutes les autres structures de la société se désagrègent, ce qui n’est pas exactement pour demain non plus) ou simplement parce qu’elles écorchent la sensibilité ou la susceptibilité des autres ne me paraît pas la bonne méthode pour maintenir la démocratie.

Le blog de François De Smet

le-racisme-est-un-delit_3832383-L« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit ! ». La rengaine est connue, enrobée de l’évidence des bonnes consciences qui jalonnent les débats récurrents sur la liberté d’expression. En général, ce rappel incantatoire trouve place dans les boîtes à citations à côté du célèbre « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » de Saint-Just, prononcé en pleine Révolution et qui possède comme lui des accents bien funestes – car le bras qui désigne les ennemis de la liberté est en général celui qui abat la guillotine, rappelant que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il en va de même pour ce prêt-à-penser commode que constitue notre antienne « le racisme est un délit ». Ce postulat est incorrect et trompeur car il confond ouvertement les idées et la manière de les propager. Il assimile le racisme avec l’appel à la haine – qui lui, en revanche…

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