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Simplement correct #2c | Persister et signer….même en l’absence de preuves

sad_scarecrow_clip_art_19065_transIl y a quelques semaines, j’ai publié un billet concernant les questions que Marcel-Francis Kahn se posait, à haute voix et en public, en 2008, à propos des éventuels conflits d’intérêts économiques et éthiques qu’entretiendraient Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine, tous deux membres de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS).  J’y explique que le premier a exigé des deux scientifiques qu’ils révèlent leurs liens avec l’industrie, notamment avec Monsanto, comme devraient le faire les auteurs d’un article publié dans une revue académique. Le problème est que M. Kahn n’avait alors aucune preuve à l’appui de ses accusations et qu’il l’a reconnu auprès du journaliste d’Arrêt sur Images, Dan Israël, qui semble avoir été la seule personne à demander au médecin d’où lui venaient ses soupçons à l’égard de Mrs. Kuntz et Houdebine.  Comme cet article d’@si est réservé aux abonnés, il se trouve alors que cet unique aveu explicite de M. Kahn n’est pas accessible au reste du public.  J’ai donc décidé de le reproduire in extenso.

Je viens de découvrir dans un fil de commentaires sur le blog du chercheur Pierre-Henri Gouyon, que cette absence de preuves n’a absolument pas empêché M. Kahn de continuer à répandre ses allégations infondées. Si le billet en question remonte à l’année dernière, le commentaire de M. Kahn est daté du 1er août 2013, soit plus de 5 ans après qu’il ait lancé cette rumeur de conflits d’intérêts.  Et pour bien enfoncer le clou, le lendemain, il publiait un billet sur son propre blog (aussi hébergé chez Médiapart) dans lequel il réitérait une nouvelle fois ces suppositions dans des termes où la courtoisie le dispute à la précision des faits. Ce cas illustre en tous cas très bien que tout ce qui sort de la bouche d’un scientifique n’est pas forcément scientifique.

En effet, plutôt que de chercher une réponse à sa question (Mrs. Kuntz et Houdebine ont-ils des conflits d’intérêts économiques pouvant affecter leur activité au sein de l’AFIS?), M. Kahn préfère essayer de les forcer à confirmer ses a priori à leur égard, c’est-à-dire que s’ils ne combattent pas les OGM, c’est qu’ils doivent forcément avoir un intérêt financier à leur préservation ou du moins, des liens avec les industriels qui, eux, dépendent de ces produits. Il ne saurait en être autrement. Soit on est contre les OGM, soit on est un vendu à l’industrie, et notamment à Monsanto.  Il prétendait alors ne pas remettre leur honnêteté, ni leur rigueur en question. Pourtant, accuser un chercheur d’omettre de révéler ses éventuels conflits d’intérêt revient bien à questionner son intégrité éthique. Or, comme il l’a alors dit à Dan Israël, bien qu’il juge “probable que des liens existent entre ces deux chercheurs et Monsanto ou ses filiales” […] il n’a pas connaissance de “fait précis” et [qu’]il ne possède “pas de preuve matérielle” pour étayer ses propos.

M. Kahn s’est quand même étonné à l’époque de ce que l’AFIS et les deux principaux intéressés aient refusé de lui répondre.  Apparemment, il ne voyait pas (et ne voit toujours pas) ce qu’il y a d’incroyablement gonflé et offensant d’accuser ainsi publiquement d’autres personnes sans aucune preuve, sur la simple base de vagues soupçons! En réalité, la plupart des gens ayant un minimum de décence et de dignité refusent aussi de répondre à ce genre d’attaques sous la ceinture.  Parce qu’il faut le dire, il n’y a pas grand-chose à répondre. En effet, si les deux scientifiques incriminés avaient nié les accusations de M. Kahn, ce dernier aurait alors crié sur tous les toits à leur totale duplicité. Et il n’a d’ailleurs pas manqué d’accuser l’AFIS de se faire leur complice lorsque cette dernière lui a demandé d’exprimer spécifiquement ses reproches relatifs aux biotechnologies et aux recherches scientifiques dans ce domaine sans avoir recourt à des attaques ad hominem.  Ce refus de répondre sur le fond et donc d’entrer véritablement dans le débat, pour se concentrer sur des tactiques de diversions et de déstabilisation personnelle est typique de l’attitude du militant purement idéologique et va complètement à l’encontre de l’approche scientifique.

Ce militantisme pur et dur transparaît particulièrement dans la réaction de M. Kahn aux commentaires de Yann Kindo, concernant ce billet de M. Pierre-Henri Gouyon évoqué plus tôt.  Comme on le voit dans le texte ci-dessous, outre l’attaque ordurière contre M. Kindo, on a droit à un aveu, mais implicite cette fois-ci, du manque de rigueur intellectuelle de M. Kahn dans cette affaire.

MF-Kahn_Mediapart_Aout2013

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En cinq ans, il n’a pas été fichu de découvrir des preuves de ce qu’il avance! Il ne semble même pas s’être donné la peine d’en chercher. C’est M. Gouyon qui les lui a opportunément découvertes. Pourtant d’après ce dernier, retrouver la trace de ces brevets a été un jeu d’enfants. On se demande donc bien ce qui a retenu M. Kahn!

Mais, même les quelques efforts de M. Gouyon restent assez vains. En effet, si l’on examine de plus près en quoi consistent ces fameux brevets qui, selon lui et d’autres intervenants sur ce fil de commentaires, constitueraient des preuves irréfutables de la compromission de Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine avec Monsanto et/ou l’industrie des OGM, on s’aperçoit qu’aucun ne porte sur des variétés de plantes génétiquement modifiées  actuellement commercialisées ou pour lesquelles il y a des demandes pendantes de mise en vente en Europe ou ailleurs.

Du côté de M. Houdebine, les choses sont assez vite expédiées: Ses brevets concernent tous des animaux génétiquement modifiés, notamment des lapins de laboratoire!

M. Kuntz, lui, par contre, a effectivement eu plusieurs brevets concernant la transformation génétique végétale. Cependant, trois d’entre eux ne concernent pas des variétés de semence, mais des procédés liés à des étapes du processus de transgenèse, et ils sont tous déchus depuis plusieurs années. Parmi eux, celui pour lequel il s’est associé à Syngenta, concernant un procédé visant à augmenter ou atténuer l’expression de certains gènes, a été déchu en 2007. Les deux derniers concernent non seulement des procédés, mais aussi des variétés de plantes obtenues grâce à ceux-ci: Capsicum annuum (des poivrons, quoi!). Et le dernier est aussi déchu depuis longtemps. Mais, à ma connaissance, cette nouvelle variété n’a pas été commercialisée et il n’y a pas de demande dans ce sens.

Cette petite recherche confirme ainsi les propos de Yann Kindo sur le fil de commentaires (voir ci-dessous) en question. Les deux scientifiques n’ont aucun conflits d’intérêt dans le débat sur les plantes génétiquement modifiées (PGM), puisque M. Houdebine s’occupe d’animaux génétiquement modifiés (contre lesquels aucun des militants anti-OGM ne semble avoir une dent) et que M. Kuntz ne détient pas de brevet susceptible de lui apporter des bénéfices financiers dans ce domaine.

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Cliquer sur l’image pour lire le texte. Voir aussi le blog Imposteurs sur lequel ce message avait été initalement publié.

De manière générale,  on ne peut considérer sérieusement que ces brevets constitue un conflit d’intérêts économique pour Mrs. Houdebine et Kuntz, sauf si on décide que la rigueur intellectuelle d’un scientifique est fondamentalement incompatible avec la protection de ses découvertes ou innovations. Mais, cela reviendrait à exiger des scientifiques qu’ils sacrifient entièrement leur vie à la construction de connaissances qui seront exploités par d’autres pour réaliser des bénéfices.  En d’autres termes, on voudrait en faire des pigeons.  Déjà que la profession de chercheur-enseignant peut être assimilée à une forme de sacerdoce, si en plus, on veut en faire un sacrifice complet, alors, il ne faudra pas s’étonner si certains domaines académiques et de connaissances finissent par s’assécher.

En conclusion

Au final, reprocher à Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine des conflits d’intérêts entre leur action pour la promotion de la science au sein de l’AFIS et d’éventuelles activités économiques liées à la recherche sur les PGM n’a pas beaucoup de sens. On peut bien sûr soupçonner qu’ils ne combattent pas leur production parce qu’ils mènent des recherche sur la transgenèse ou impliquant cette méthode, mais cela ne change rien à la justesse ou à la fausseté de leur propos sur ce sujet dans leurs articles publiés par l’AFIS.  Bien sûr, s’ils tenaient des propos rassurants et positifs erronés, on pourrait alors se demander s’ils le font en connaissance de cause et si c’est le cas, s’ils n’ont effectivement pas un intérêt économique à faire de la propagande. Mais, le problème est que les détracteurs des deux scientifiques n’ont jamais pu démontrer que leurs discours sur les PGM étaient trompeurs. Au lieu de cela, ils se sont ingéniés à voir absolument des conflits d’intérêts économiques comme cause de leur refus de militer par principe contre les PGM.  En d’autres termes, plutôt que de débattre sur le fond, ils ont tenté de verrouiller la discussion en essayant de déstabiliser certains interlocuteurs pour les pousser à se taire, notamment, en répandant des rumeurs complètement gratuites et infondées à leur propos.

One thought on “Simplement correct #2c | Persister et signer….même en l’absence de preuves

  1. Déchoir n’est peut-être pas le terme qui convient pour le terme de validité d’un brevet. Échoir sans doute plus.

    Sur le fond, tous les débats politiques sont remplis en partie par des attaques personnelles. Attaquer la probité de ses opposants peut être un moyen exceptionnellement efficace pour faire progresser ses revendications: si faute d’opposants audibles, le combat s’arrête, c’est autant d’effort en moins et de temps gagné. Une version plus soft de cela est de revendiquer ou d’obtenir une supériorité morale.

    Dans le cas présent, cependant, il faut dire que les intervenants sont peu connus en dehors du cercle de ceux qui connaissent le débat. J’ai personnellement appris l’existence de Marcel Kuntz suite à un commentaire le traînant dans la boue sur le blog de Quatremer. Mais combien de gens connaissent son nom? Très peu. De fait, ce n’est pas sur les propos diffamatoires d’un autre inconnus que tout se joue.

    Le cas de Corrine Lepage est par contre plus intéressant parce qu’elle a une certaine notoriété et un accès aux médias. Et elle n’hésite pas à diffamer (Anne Glover…), à menacer (comme son article du PuffHo où elle voulait une “jurisprudence L’Aquila” pour les OGMs…) ou à prétendre qu’il y a une compromission globale de tous ceux qui se disent pour les OGMs. Bref, en effet, c’est l’ensemble du mouvement anti-OGM qui reprend en chœur l’antienne de la compromission des experts. Et ils ne sont jamais véritablements contredits, ce qui fait que c’est sans doute une idée qui s’est imposée dans l’opinion.

    D’un certain côté, les activistes seraient bien bêtes de ne pas utiliser de tels moyens quand on voit quels résultats ils donnent: après tout ils ont gagné de façon éclatante, la culture des OGMs est quasiment bannie de l’UE, les importations ne sont autorisées que par la grâce des accords de l’OMC et du besoin en soja des éleveurs.

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