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Au fil de mes lectures #16 | Réponse du berger franco-suisse à la bergère française

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Vue sur la rive française du Lac Léman depuis les hauts de Nyon, en Suisse, prise en juillet 2008. © 2013 Ariane Beldi.

Voici une analyse sans concession de la manière dont la France tend à se cacher derrière une exception culturelle qui ferait que ce qui fonctionne ailleurs n’est intrinsèquement pas adapté à sa destinée extraordinaire. On retrouve cette conviction d’exception de droite à gauche, et sous diverses formes. Cette tribune de François Hauter, journaliste au Figaro, m’évoque ainsi notamment les propos d’Emmanuel Todd qui semble avoir transformé sa longue réflexion anthropologique sur les modèles familiaux de base en une justification savante du refus des Français de regarder un peu autours d’eux et de s’adapter au monde. Ainsi, selon lui, les méthodes en œuvre en Allemagne, en Angleterre ou ailleurs dans le monde anglo-saxon et germanique ne saurait être importées en France, pas même sous une forme adaptée, parce que les modèles familiaux caractérisant ces sociétés seraient trop éloignés. Bien sûr, ceux-ci n’évoluent pas et semblent figés à jamais, donc, tout emprunt à ces populations serait de toute manière vouée à l’échec. C’est ainsi que nombre de Français ne voient chez les autres, quand ils se décident à les considérer, que ce qui ne marche pas, ce qui leur permet de rejeter d’une main dédaigneuse les réformes déjà réalisées par leurs voisins et qui s’avéreraient pourtant essentielles pour la France, au prétexte qu’elles ne permettent pas d’atteindre la perfection. Ce qui fait conclure à l’auteur de cette tribune la chose suivante:

Le succès de l’économie suisse et le naufrage de la France n’ont rien à voir avec les richesses humaines ici ou là. Entre Vaud et Savoie, les hommes sont les mêmes. Mais là où cinq trains s’arrêtent quotidiennement à Evian, plus de 200 passent désormais à Lausanne dans le même délai; là où l’on fabrique du fromage en Savoie, les sièges des multinationales internationales pour l’Europe sont installés dans le canton de Vaud; là où le salaire médian est de 1675 euros par mois en France, il est de 5000 euros en Suisse. Là où toute embauche se transforme en nœud gordien chez notre voisin (taux de chômage en France: 10,9%; en Suisse: 3%), elle est d’une simplicité biblique en Suisse. Jamais la France ne s’est demandé si son droit du travail avait favorisé la désindustrialisation du pays. La culture du déni contre celle du positivisme, ici en Suisse. Il va falloir nous préparer – et nous habituer – à vivre à côté d’un grand malade névrotique.

Eh oui, il m’arrive d’être d’accord avec un journaliste du Figaro, même s’il semble avoir écrit, à d’autres moments, d’énormes âneries anti-féministes. Et puis, ça ne veut évidemment pas dire que je n’apprécie pas la France! Au contraire!