Au fil de mes lectures #15 | La culture geek sous la loupe académique d’un aca-geek

CultureGeek_MarquePage_arrondiJe viens à peine de commencer à le lire et j’en suis déjà à la page 50, soit un peu plus du quart de l’ouvrage! Autant dire que Culture Geek se boit comme du petit lait! On croirait à peine que ce texte a été tiré d’une thèse, tellement il est clair et agréable à lire! Or, il est difficile d’aborder de manière scientifique un thème comme la culture geek sans risquer de sombrer assez vite dans un vocabulaire jargonneux visant à rendre compte de la complexité du sujet. David Peyron y arrive pourtant très bien!

[← oui, j’ai aussi un petit côté «geek/otaku» et je collectionne des marques-pages «kawai» à utiliser pour mes lectures…ainsi que de drôles de petites mascottes  que l’on m’a offertes!]

Pour l’instant, ce que je retiens de particulièrement intéressant de cet ouvrage, outre un historique très bien fait de la notion de «geek», c’est cette idée que cette «sous-culture» (dans le sens de sub-culture et non pas de culture sous-zéro, comme le veut généralement cette expression en français courant) émerge certes de l’individualisme encouragé depuis plusieurs décennies, mais elle propose un individualisme qui permet de tisser des liens avec des gens que l’on a choisis et qui vous ont choisi aussi. C’est une manière d’aborder cette question qui me semble particulièrement pertinente, alors que l’on entend trop souvent des affirmations à l’emporte-pièce sur les générations actuelles soi-disant si narcissiques, égocentriques et incapables de se penser de manière collective!

Je retiens aussi un autre élément qui je suppose restera au cœur du reste de l’ouvrage, à savoir la «convergence»: culturelle, générationnelle et technologique. En effet, la combinaison entre la passion pour la création de mondes imaginaires, liée à une longue tradition littéraire populaire remontant au début du 20ème siècle, le désire d’immersion dans ceux-ci selon des règles spécifiques, typiques des jeux de rôle et des livres-jeux, initiés dans les années 70,  ainsi que la «seconde informatique», soit l’informatique mettant face à face une machine et un être humain dans une relation individuelle, ont largement contribué à façonner la réalité que recoupe actuellement la notion de «geek».

Ce sont évidemment des considérations très intéressantes pour ma propre recherche, même si elle est arrivée à bout touchant, du moins pour ce qui est de ma thèse. Ce livre semble notamment vouloir se concentrer sur la question de l’«immersion» dans des imaginaires déclinés sous de multiples formes médiatiques ou matérielles que j’ai aussi abordée dans ma recherche. Mais, je l’ai surtout étudié sous l’angle de la collection d’éléments composant un ensemble transmédia afin de le reconstituer dans son intégralité et de pouvoir l’expérimenter selon de multiples modalités. L’idée est alors de renouveler le plaisir d’un tel univers narratif de manière presque infinie, en répétant l’expérience dans différents ordres et diverses circonstances. Je me réjouis donc de voir s’il aborde aussi cette idée d’accumulation et/ou de collection des composants d’un univers narratifs transmédia dans cette analyse de la culture geek!

Bref, pour l’instant, c’est un vrai plaisir de lire cette thèse vulgarisée/synthétisée et je dois dire que j’aimerais bien essayer d’en faire de même avec la mienne, une fois qu’elle sera officiellement et définitivement avalisée par le jury et l’Université de Strasbourg. Je pense donc, même en prenant des notes de lecture, arriver à le terminer assez vite. Je devrais publier un second billet, plus complet, sur cet ouvrage, d’ici peu. Mais, je peux d’ores et déjà vous recommander son achat (ici ou ici) et sa lecture. Comme je l’ai dit en intro, pas besoin d’être un universitaire pour arriver à suivre le propos de l’auteur. Il suffit de vous intéresser au phénomène de la geekitude et à la manière dont il a influencé l’évolution de la culture populaire et de ses industries.

Enfin, je ne suis pas la seule à l’avoir appréciée! D’autres ont dévoré ce livre encore plus rapidement et ont déjà proposé des recensions. Entre le cinéphile, le geek revendiqué, et le gamer, il y a le choix! J’espère y ajouter bientôt une perspective académique (à moins que d’autres ne me prennent aussi de vitesse)!

Ainsi, le premier à dégainer est l’auteur du blog cinéphiledoc, qui nous fait un joli résumé des principales lignes de l’ouvrage. Puis vient celle d’octobruns, qui anime le blog la Geekitude des choses, qui propose un résumé se focalisant sur la question lancinante hantant nombre de nos contemporains: en êtes-vous un(e) ou pas? Au passage, il confirme que François Fillon est plus gadgetophile et une fashion victim qu’un geek! Enfin, Aurélie Knosp, d’Eurogamers, propose aux abonnés ce de magazine en-ligne spécialisé, de se faire une meilleure idée de ce que recouvre la culture geek entre deux parties de GTA5!