votations du 22 septembre 2013 #1-1 | Pourquoi servir sous les drapeaux?

Je continue ici mon questionnement concernant l’initiative populaire du GSsA, intitulée “Oui à l’abrogation du service militaire obligatoire“. Précédemment, je m’étais demandée en quoi le fait de passer à un recrutement sur une base volontaire risquerait de faire disparaître de l’ADN identitaire des Suisses le désir de servir sous les drapeaux. Je n’ai eu qu’une seule réponse qui reprenait une préoccupation avancée par les opposants à cette initiative, et qui voudrait qu’au fond, une armée de volontaire n’attirerait que des gens violents et des amoureux des armes à feux. C’est ainsi qu’Ueli Maurer nous dit dans la Tribune de Genève de ce week-end:

«Une armée composée de volontaires ne peut pas garantir la sécurité du pays. Elle pose des problèmes de recrutement alors qu’actuellement toutes les professions sont représentées. Elle comporte aussi un risque d’attirer seulement des Rambos et des extrémistes.»

En d’autres termes, l’idée de servir sous les drapeaux et de protéger son pays n’a plus aucune résonance chez la majorité des Suisses, puisque seuls des ratés et des brutes pourraient être prêts à s’engager volontairement. Ce qui est contradictoire avec l’affirmation fréquente voulant que l’armée de milice fasse partie de l’identité profonde de l’Helvète moyen.

Mais alors, qu’en est-il des soldats qui décident de monter en grade? Après tout, ils n’y sont (normalement) pas obligés et lorsqu’ils choisissent cette voie, elle implique naturellement de consacrer encore plus de temps à l’armée. N’y a-t-il que des “Rambos” qui se portent volontaires pour devenir officiers? Cela signifie-t-il que nos généraux et nos dirigeants militaires sont des brutes épaisses?

Non seulement cela, mais que penser alors de ces femmes suisses qui, elles, ne sont pas astreintes au service militaire, mais s’engagent donc volontairement? Sont-elles des ratées qui n’ont rien de mieux à faire dans la vie? Ou des Rambos au féminin? Et je vous laisse le soin d’imaginer ce qu’une telle idée peut suggérer chez certains esprits tordus! Pourtant, ce n’est pas l’impression que j’ai eue en écoutant les reportages de la RTS la Première, il y a deux semaines, qui suivait des nouvelles recrues, dont une jeune femme, qui m’avait l’air parfaitement équilibrée, bien dans ses bottes et sans aucun problème psychiatrique ou cognitif! Bon, vous me direz, elle n’est peut-être pas représentative des femmes de l’armée suisse! Mais, tout de même, je ne me souviens pas avoir entendu parler de recrues féminines ayant causé le moindre soucis et souffrant de problèmes d’intégration dans la société!

Du coup, je me pose quand même la question: 

Qu’est-ce qui permet aux opposants à l’initiative du GSsA de dire que seuls les “Rambos” s’engageraient volontairement si on abolissait la conscription?

Et incidemment, le véritable problème n’est-il pas alors plutôt que les jeunes Suisses ne se voient pas forcément se sacrifier pour protéger leurs concitoyens?

Dessin d'une gravure représentant un guerrier "berserk" ou guerrier-fauve, Fundplatz: Öland, Suède. Source: Wikimédia. Crédits: Oscar Montelius, Om lifvet i Sverige under hednatiden (Stockholm 1905) s.98

Dessin d’une gravure représentant un guerrier “Berserk” ou guerrier-fauve, Fundplatz: Öland, Suède.  D’après Wikipédia, ces hommes, habités par l’esprit de leur animal-totem, entraient dans une transe les mettant en rage et leur donnant une force surhumaine.  Bref, le prototype-même de la brute épaisse, capable de faire des ravages dans les rangs ennemis, mais qui peut aussi causer des soucis à ses supérieurs et à ses camarades. Source: Wikimédia. Crédits: Oscar Montelius, Om lifvet i Sverige under hednatiden (Stockholm 1905) s.98.

2 thoughts on “votations du 22 septembre 2013 #1-1 | Pourquoi servir sous les drapeaux?

  1. John Smith says:

    Juste pour préciser et éviter tout malentendu : Je ne suis pas Suisse et n’ai jamais prétendu que “l’armée de milice fasse partie de l’identité profonde” du pays. En fait, cette histoire de “guerrier Rambo” est un constat personnel (donc subjectif et sujet a caution) qui m’amène à me poser des questions sur ledit sujet, mais j’ignorais complètement avant de vous lire que d’autres tenaient le même raisonnement que moi pour défendre le service militaire obligatoire en Suisse (alors que moi, je suis plutôt contre, en fait).

    Voili voilou ^^

    “N’y a-t-il que des “Rambos” qui se portent volontaires pour devenir officiers? Cela signifie-t-il que nos généraux et nos dirigeants militaires sont des brutes épaisses?”

    Que des brutes épaisses ? J’en doute, non, mais c’est un métier… “viril” dirons-nous, ou en tout cas perçu comme tel. Rien d’étonnant donc à ce qu’il attire plus certains profils que d’autres. Être militaire, c’est accepter d’abandonner sa liberté moral pour la mettre au service d’un gouvernement en vigueur, quitte à tuer, potentiellement. Donc je doute, par exemple, qu’on croise beaucoup de pacifistes à l’armée, et ce n’est pas anodin.

    “En d’autres termes, l’idée de servir sous les drapeaux et de protéger son pays n’a plus aucune résonance chez la majorité des Suisses, puisque seuls des ratés et des brutes pourraient être prêts à s’engager volontairement.”

    Je ne sais pas ce qu’est un “raté” mais protéger de quoi, au juste ? Sérieusement, vous vous sentez tant menacer que ça en Suisse ? Bon, le fait de vouloir protéger son pays n’est de toute façon pas incompatible avec le fait d’être enclin à la violence. Vous avez tort d’opposer les deux.

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    • Bonjour,

      Merci de votre commentaire constructif!

      Par “raté” est généralement entendu une personne qui n’a pas une formation scolaire très poussée, n’a pas pu se caser professionnellement et, éventuellement, qui vit dans un désert social. L’idée que semblent développer certains seraient que seuls les gens ne sachant pas trop quoi faire de leur vie seraient intéressés à s’enrôler dans l’armée. Evidemment, je n’en suis pas si sûre, mais c’est ce que nous assènent les opposants à cette initiative visant à abroger la conscription, en prenant notamment l’exemple des USA, où essentiellement des gens pauvres ou au chômage s’engageraient.

      Ensuite, les Suisses ne se sentent pas tous menacés par des agressions militaires (pour ce qui est de la délinquance, c’est une autre histoire), mais certains sont persuadés que ces risques existent et qu’il faut être prêt à y faire face. Strictement parlant, la possibilité d’une guerre conventionnelle existe bien, même si elle est très hypothétique en ce moment. En fait, ce qui pose bien plus problème, c’est la protection des réseaux en tous genres qui dépendent de l’informatique et d’Internet. Il faut dire qu’au niveau national, nous n’avons que dix spécialistes qui s’occupent à plein-temps de ce genre de problématiques. Or, les systèmes informatiques de plusieurs départements fédéraux (= ministère) ont été piratés à plusieurs reprises ces dernières années, sans que l’on ne puisse même vraiment localiser les auteurs de ces attaques. Il existe donc des menaces et je pense qu’il faut s’y préparer.

      S’il est vrai qu’il est peu probable que nous nous fassions physiquement attaquer par nos voisins, ou même des pays plus lointains (qui devraient alors traverser les territoires de nos voisins, ce qui ne serait pas commode, vu qu’ils sont quand même assez puissants), des attaques informatiques, qui pourraient causer de gros dégâts sont beaucoup plus probables. La Suisse est quand même prise dans quelques sérieux conflits fiscaux et économiques (secteur financier) et les dirigeants de certains pays peuvent agir parfois de manière hystérique. Si ceux-ci devait s’envenimer, rien ne dit qu’ils ne pourraient pas déboucher sur de vraies agressions informatiques, histoire de faire payer au pays sa résistance, par exemple.

      En fait, je pense d’ailleurs qu’une des raisons du “désamour” entre l’armée et une bonne part de la population, notamment jeune, tient au fait que l’état-major et le gouvernement ne semblent pas capables de se mettre d’accord sur une vision claire de ce que devraient être les missions de l’armée, ni même sur la définition des menaces pour le pays. On a plusieurs tendances qui tirent chacune la couverture de leur côté. Certains prônent une armée à la grand-papy, qui attendrait l’ennemi depuis un réduit national sous les montagnes, d’autres, au contraire, veulent une armée réduite, concentrée sur les menaces technologiques actuelles. Et je suppose qu’il y a une palette d’opinions entre les deux qui s’expriment aussi dans tous les sens. Le résultat, c’est que le département militaire en est réduit à demander un maximum d’hommes disponibles pour faire face à un éventail de menaces mal définies, parfois même floues. En gros, on ne sait pas quelle armée on veut pour quelle sécurité. Je pense que si une vision claire des choses pouvait arriver à se dégager, les gens serviraient déjà plus volontiers.

      Mais, la question que je pose est celle du désire de servir sous les drapeaux. Evidemment, c’est une charge et ça l’a toujours été, mais jusque dans les années 40, on trouvait normal d’être mobilisé dans l’armée pour protéger son pays. Par contre, c’est vrai qu’on l’était essentiellement quand une vraie guerre se profilait à l’horizon. Là, du moins en Europe de l’ouest, il n’y en a pas vraiment, même si les USA se sont engagés dans plusieurs guerres au Moyen-Orient et en Asie. Et il faut dire qu’à part l’Angleterre et la Pologne, aucun pays européen n’est allé en sifflotant et en bombant le torse aider l’OTAN dans ces opérations de ces 10 dernières années! Au contraire, ils y sont allés en traînant les savates, quand ils n’ont pas carrément refusé de participer. Néanmoins, en cas de réelle attaque, si la Suisse est dépourvue d’une armée digne de ce nom, elle sera vraiment dans une situation dramatique. Néanmoins, de nouveau, le tout est d’avoir une idée raisonnable et plausible de la forme que pourrait revêtir une attaque contre la Suisse et les meilleures manières de s’y préparer.

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