Votations 22 septembre 2013 #1 | Abroger ou ne pas abroger l’obligation de servir?

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Un ancien vélo de l’armée suisse, qui s’est, apparemment, retrouvé très loin de chez lui, aux USA! Source: Joe Mabel sur Wikimedia.

Le 22 septembre 2013, les citoyens helvètes vont devoir se prononcer sur une nouvelle initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) demandant l’abrogation de l’obligation de servir dans les forces militaires et civiles. L’idée est donc de remplacer la conscription par un engagement sur une base volontaire, comme elle existe d’ailleurs déjà pour les femmes. Naturellement, aussitôt dit, aussitôt est apparu le clivage habituel sur ce sujet, des membres de partis de gauche ainsi que des citoyens sympathisants se retrouvant dans le comité de promotion de l’initiative, tandis que les partis de droite (UDC en tête, mais aussi le PLR, le PDC et le PBD), et des militants au sein de diverses associations en relation avec le monde militaire (ProTell, la Société suisse des officiers, etc.) se sont réunis dans un comité d’opposition à cette initiative, afin de s’élever vigoureusement contre ce qu’ils considèrent comme une nouvelle tentative de supprimer l’armée suisse par la tangente. Malgré l’annonce de sondages fortement défavorables à cette initiative, qui devrait être rejetée nettement par plus de 65% des votants, les opposants ne “lâchent rien”, et surtout pas leur vigilance. Pourquoi une telle méfiance?

En y réfléchissant bien, il apparaît que cette initiative permet de poser nombre de questions concernant les missions et le fonctionnement de l’armée. Et peut-être que c’est justement là son principal intérêt. En effet, elle n’a pratiquement aucune chance de passer, mais elle aura peut-être eu le bénéfice de contribuer à ce débat essentiel sur l’avenir de notre sécurité et, plus largement, de la manière dont nous assurons la souveraineté de notre pays ainsi que son indépendance.

Je dois avouer que je ne sais pas encore exactement ce que je voterai. Mon choix dépendra justement des réponses que je pourrai trouver à mes multiples interrogations. Et j’espère que certains ici pourront m’aider à m’y retrouver.

Il me semble que l’opposition à cette initiative, telle qu’elle est formulée par le Conseil fédéral et le parlement, se cristallise sur deux éléments:

D’une part, il y a la notion de “volontaires” qui semble poser problème. A la page 7 de la brochure explicative envoyée par la Confédération, il nous est asséné ceci:

Il est difficile de prédire combien de volontaires s’annonceront et quelles seront leurs motivations.

Il apparaît ainsi que leurs motivations pourraient sembler suspects. L’argumentaire du CF dans la brochure de vote n’explique pas vraiment pourquoi, du coup, on en est réduit à des suppositions. Mais, l’affirmation suivante laisse fortement entendre qu’ils seraient moins fiables, voir moins dignes de confiance que les conscrits actuels:

La sécurité de notre collectivité et de notre économie, de même que notre prospérité sont trop importantes pour être laissées aux mains de volontaires.

L’argumentaire de la Confédération ne nous dit pas vraiment pourquoi des volontaires ne pourraient pas être à même d’assurer la sécurité du pays, ce qui laisse aussi songeur.

D’autre part, on trouve la problématique des effectifs nécessaires pour assurer la sécurité du pays. Les autorités fédérales craignent que les volontaires ne soient pas assez nombreux pour permettre à l’armée de fournir les prestations que l’on attend d’elle. Cependant, il semblerait que l’estimation du nombre de soldats nécessaires soit elle-même sujette à débat depuis des années. Pire, comme le montre un rapport de Pierre Maudet (Capitaine à l’armée qu’on peut difficilement soupçonner d’être un anti-militariste) sur la politique de sécurité en Suisse, il apparaît que ni la Confédération, ni les hauts responsables militaires ne soient à même de se mettre d’accord sur ce que devraient être ces missions! En page 15 de son étude, il met en exergue l’affirmation suivante trouvée dans le Rapport de l’Armée de 2010:

«[….] le présent rapport décrit un modèle de base de l’armée reposant sur les conditions-cadres fixées dans la Constitution, à savoir la neutralité, le principe de l’armée de milice et l’obligation générale de servir.», page 2

Et il répond ceci:

Ce qu’il [Le Rapport de l’Armée, 2010, ndb] aurait dû dire…

Le modèle de base de l’armée doit être pensé en fonction des missions que celle-ci doit remplir et du nombre d’hommes dont elle a réellement besoin pour les accomplir; et non l’inverse.

En d’autres termes, Pierre Maudet et les experts en sécurité qu’il a consultés pour construire sa vision de l’armée suisse et de ses engagements comptent donc parmi les rares personnes qui se sont avancées à tenter de décrire précisément en quoi doit consister la sécurité de notre pays et donc, de quel type d’armée nous avons besoin.

Du coup, dans ces circonstances, il devient difficile d’accepter sans cligner des yeux cet argument qui voudrait qu’une armée de volontaires ne serait jamais à même de remplir ses fonctions, puisqu’il semblerait qu’il n’existe aucun consensus sur les missions de l’armée. Pire, à lire les propos du Rapport de l’Armée de 2010,  on a l’impression que les autorités et certains experts tentent de faire accepter un nombre d’hommes le plus élevé possible dans une optique floue du “sait-on jamais”. Sur la base de ce constat, on se demande alors ce qui permet aux opposants à cette initiative de prétendre qu’elle risque de mettre le pays tout entier en danger en empêchant d’avoir suffisamment d’hommes à mobiliser en cas de danger.

Or, c’est justement ce flou artistique sur les missions de l’armée et, au final, sur son utilité en général, que pointent les initiants, certes, d’une manière un peu railleuse, lorsqu’ils décrivent ainsi le quotidien des recrues:

Attendre. Fumer une cigarette. Ramper dans la boue. Fumer une autre cigarette. Nettoyer le fusil d’assaut. Attendre.

Et encore, là, ils sont plutôt tendres. Lorsque l’on prend connaissance des témoignages de certains conscrits sur le site “Die Beste Armée der Welt” (en allemand et en français), on comprend mieux que cette initiative parvienne à avoir autant de succès parmi les jeunes en âge de servir! De fait, j’ai la très nette impression que c’est cette question de l’utilité de l’armée qui semble pareillement déranger nombre d’opposants à cette initiative.

C’est notamment ce qui semble ressortir de certaines affirmations concernant la centralité de l’armée de milice obligatoire dans l’identité suisse, telles qu’elles s’expriment notamment à l’UDC:

Une grande partie de l’identité et de la capacité de dissuasion Suisse repose sur notre armée de milice, composée de citoyens qui peuvent apporter leur expérience civile à notre pays, pour la défense, mais aussi dans l’aide en cas de catastrophe ou contre les nouvelles menaces informatiques. (Votations fédérales de septembre 2013 – Prise de position de l’UDCVR)

Et c’est là que je voudrais poser ma première question, à laquelle j’espère que vous pourrez m’aider à trouver des réponses:

Si, comme l’affirment nombre d’opposants à cette initiative, l’armée de conscription et de milice fait partie de l’ADN suisse, de l’identité profonde de chaque citoyen helvète, alors, le fait de passer à une armée de volontaires ne devrait pas pas particulièrement changer cette envie de servir. Pourquoi donc craignent-ils autant que l’armée ne puisse plus recruter suffisamment de soldats sur une base volontaire? 

N’hésitez pas à poster vos réponses ci-dessous!

La question suivante viendra dans un prochain billet!

3 thoughts on “Votations 22 septembre 2013 #1 | Abroger ou ne pas abroger l’obligation de servir?

  1. John Smith says:

    Par principe, je suis contre le service militaire obligatoire qui porte atteinte à nos libertés, mais d’un autre côté, je me demande si le volontariat n’agirait comme une sorte de filtre à psychopathes du fait que seul les personnes enclines à faire ce genre de métier iront faire leur service ? Si je me pose la question, c’est parce qu’il me semble avoir remarqué que la plupart des militaires que je connais étaient tous du genre chauvin, machiste, nationaliste, fana d’armes à feu, et ils vantaient tous leur séjour en Irak avec grande fierté. Laisser le pouvoir militaire aux mains de personnes qui trouvent que faire la guerre c’est cool, ça me pose comme quelques problèmes moraux.

    Navré de pouvoir répondre à ta question…

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    • Je vous remercie beaucoup de votre visite et de votre commentaire! Votre préoccupation est effectivement partagée par nombre d’opposants à cette initiative et elle fait d’ailleurs l’objet d’une des questions que je me pose. Je vais bientôt la publier dans un autre billet. Votre expérience fait effectivement écho à ce que j’ai entendu d’autres personnes, donc, c’est peut-être une problématique à considérer.

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