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Sur un fil de la toile #8 | Mise au point sur la “théorie” de genre

GenderMixedUp_UpsideDownAlexandre Jaunait, politiste et maître de conférence à l’Université de Poitiers, Anne Revillard, sociologue à Sciences-Po, Laure Bereni, sociologue CNRS à l’EHESS et Sébastien Chauvin, de l’Université d’Amsterdam proposent une mise au point bienvenue sur les études de genre suite à une affirmation publique du Ministre français de l’éducation, dans une tribune à Libération, intitulée: La théorie du genre : réponse au ministre Vincent Peillon. En effet, il apparaît que ce dernier a fait une grossière confusion entre l’objectif politique de son ministère, qui est de promouvoir une reconnaissance de l’égalité en droits et en dignité des femmes et des hommes, et l’objectif scientifique des “études” de genre, soit l’observation et l’explication des rôles sociaux attribués aux individus en fonction de leur sexe. En tentant de calmer les lobbies opposés à la “théorie” des genres (alors qu’il existe de multiples approches théoriques de la question du genre), il aurait alors, selon les mots des auteurs de cette tribune: surtout cherché à apaiser la cour de récréation des lobbys qui se dénomment eux-mêmes «antigenre». Désarmée, la lutte contre les discriminations risque alors d’être réduite à une simple incantation. En d’autres termes, le ministre aurait alors permis à ces associations et mouvances réactionnaires d’imposer leur définition de la question et donc du cadre de ces débats, ce qui est évidemment fort problématique.

Je relève aussi cet article pour ce qu’il montre des motivations antiscientifiques  de ces mouvances. En effet, en désignant ce champs d’investigations académiques par le terme “théorie”, elles utilisent le même subterfuge que les opposants à l’enseignement de l’évolution biologique à l’école. Dans les deux cas, le discours joue sur les mots, car en science “théorie” ne signifie pas la même chose que dans le langage courant. Alors que la première définition courante de “théorie” renvoie a une connaissance purement spéculative, dans le domaine de la recherche scientifique, une “théorie” est en réalité une explication qui a été confirmée par une observation empirique rigoureuse et s’applique à un phénomène spécifique, clairement limité. Or, les anti-évolution ne retiennent que la première définition, ce qui leur permet d’affirmer que les thèses darwinistes ne sont en réalité que des suppositions qui n’ont pas été réellement prouvées ou pas suffisamment. Les “anti-genre” tentent de toute évidence d’utiliser le même “truc” en parlant de “théorie” de genres, alors qu’il s’agit d’un champs d’études, comportant diverses théories, hypothèses et approches méthodologiques, tirées de différentes disciplines (sociologie, anthropologie, psychologie, neurologie, paléontologie, génétique, etc.). En prétendant que les théories issues de ces études tenteraient de faire croire que la différence des sexes et des sexualités n’existeraient pas, ces gens font simplement de la propagande, visant à tromper le grand public sur la nature-même du questionnement sur le genre. Et comme le font remarquer les auteurs de cette tribune, c’est aussi absurde que de penser que les études sur le racisme auraient pour objectif de démontrer que la couleur de peau n’existe pas.