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Au fil de mes lectures #6 | De la persistance du mythe du cinéma d’auteur

Red_Tape_Red_transJ’avais l’impression que la posture essentiellement formaliste dans l’approche du cinéma et de la production audiovisuelle en général était déjà considérée comme dépassée, du moins au niveau universitaire, depuis un certain temps. Mais, il semblerait que non, puisque Geneviève Sellier, historienne du cinéma et professeur d’études cinématographiques à l’Université Montaigne de Bordeaux III, insiste sur l’importance de:

de s’intéresser à tous les films et de considérer que les fictions audiovisuelles sont l’expression de l’imaginaire collectif d’une société et non pas le reflet d’une société. Si on veut comprendre ce qui se passe dans la tête de nos contemporains, ce ne sont pas les films d’avant-garde qu’il faut regarder mais les films que la majorité des publics vont voir, sans avoir une posture méprisante à l’égard de ces films. (» Le cinéma d’auteur est un mythe et un fantasme réactionnaires »)

D’un autre côté, il me semble aussi que le cinéma d’auteur n’a pas pour but de refléter l’état d’esprit de la société contemporaine, mais plutôt de poser un regard critique sur ce que le cinéaste en perçoit. De fait, le mépris que certains ressentent (ou même affichent ouvertement) vis-à-vis de la production “purement commerciale” résulte de leurs préjugés vis-à-vis des “masses aliénées” supposées incapables de prendre une distance critique par rapport à ce que les médias leur proposent.

Et c’est là que les études sur la réception médiatique interviennent, en montrant que ces “masses” sont constituées de particuliers, c’est-à-dire des personnes tout à fait capables de poser un regard sur leur propre condition et de lire entre les lignes des messages dont on les bombarde. Même si leurs discours ne sont pas forcément aussi élaborés et incisifs que ceux d’un critique ou d’un analyste universitaire ayant passé sa vie à étudier la problématique, ils ont suffisamment de compétences cognitives, intellectuelles et socio-culturelles pour prendre du recul.

L’interview réalisée par Sabrina Bouarour avec le professeur Sellier (que je vous encourage à lire en cliquant sur le lien ci-dessous) ne dit pas si elle prend aussi en compte l’aspect réception des représentations des genres dans le cinéma, mais il me semble que c’est un aspect important de la problématique.

Ce commentaire porte sur ce billet de blog:  » Le cinéma d’auteur est un mythe et un fantasme réactionnaires » | Le blog de Sabrina Bouarour.

Sinon, concernant les études de réception, je peux recommander, en plus des sources déjà citées ci-dessus, les excellents ouvrages suivants (par ordre chronologique et par thème):

  • Alain Boillat, La fiction au cinema, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • Emmanuel Ethis, Sociologie du cinéma et de ses publics : Domaines et approches, Paris, Armand Colin, 2009.