Apparemment, la justice a décidé de se montrer particulièrement minutieuse avec Caroline Fourest et Fiammetta Venner. En effet, sur les 4 points qui ont été retenus des 14 sur lesquels le FN et les Le Pen les poursuivait, il n’y en a qu’un seul sur lequel on peut considérer qu’il y avait matière à calomnie: celui concernant l’éducation des filles de Jean-Marie Le Pen. En effet, même si cette allégation venait de la même source que d’autres qui n’ont pas interpellé le juge, il n’est pas possible de vraiment la vérifier. Or, il vaut mieux pouvoir démontrer de manière solide ce genre de propos qui peuvent effectivement nuire à la réputation d’une personne, voir de sa famille, ou ne pas les publier. Même s’ils avaient déjà été publiés par le passé et n’avaient, alors, pas fait l’objet d’un jugement.  De plus, si on lit l’ensemble du livre, d’une certaine manière, cette affirmation n’est pas vraiment pertinente et la retirer ne retrancherait rien au reste du livre. Des trois autres points conservés par le jugement, l’un (concernant l’ex-mari de Marine Le Pen) est franchement anecdotique et les deux dernières (sur l’histoire des liens entre les Le Pen et des proxénètes et le fait divers avec les policiers) reposent sur une nuance si fine qu’il faut être un avocat particulièrement pointilleux pour les repérer.

Du coup, on peut dire que la récolte judiciaire des Le Pen et du FN est franchement maigrichonne. Surtout, ils ont perdu sur les points qu’ils avaient mis en avant dans les médias, notamment le passage sur l’héroïsme de guerre du père de Jean-Marie Le Pen, et ont gagné sur des éléments qu’ils se sont bien gardés de mettre en avant, parce qu’ils sont franchement embarrassants pour eux. En effet, à part sur les allégations concernant l’éducation des filles de Jean-Marie Le Pen et l’anecdote au sujet de l’ex-mari de Marine Le Pen, la justice ne dit pas que Caroline Fourest ou Fiammetta Venner ont menti ou écrit des choses inexactes, simplement qu’elles auraient du les écrire autrement.

Cependant, le fait que la justice, dans ce cas, se soit montré aussi tatillonne envers les deux journalistes, alors que l’on n’a pas vraiment l’impression d’une telle minutie judiciaire à l’égard d’autres acteurs de la vie publique, laisse un drôle d’arrière-goût. En effet, elle envoie le message aux auteurs qui s’intéressent à l’analyse et à la critique de la chose publique qu’ils devront bientôt faire relire leurs ouvrages par des juristes particulièrement rigoureux afin d’éviter de se retrouver condamnés pour des points de détails ou des futilités.  Si cette évolution devait se confirmer, les intellectuels français auraient alors du soucis à se faire, vus les honoraires des avocats et juristes! Ce qui risque d’arriver, c’est un appauvrissement de la littérature d’actualité politique diffusée par les canaux éditoriaux habituels (à part les biographies autorisées et les auto-biographies) et un déplacement d’une partie de ces auteurs sur le Web, où ils risquent alors d’être noyés dans une production pléthorique, comprenant le meilleur comme le pire. Dans les deux sens, la vie de ces intellectuels risquent de devenir beaucoup plus compliquée et nombre de gens ayant une vision intéressante à faire partager pourrait se décourager et la garder pour eux, par peur de la justice ou du harcèlement sur le Web. Pendant ce temps, des discours extrémistes et fascisants, issus aussi bien de la gauche que de la droite, continuent à proliférer, souvent anonymement et sur des serveurs à l’étranger, hors d’atteinte du bras de la justice française, et sans que leurs auteurs n’aient à rendre des comptes à qui que ce soit.

Caroline Fourest

Par Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Dans cette affaire, le FN a beaucoup communiqué… avant le procès. En promettant de nous faire condamner lourdement. En faisant même pression — sous prétexte du procès en cours — pour que Caroline Fourest ne soit plus invitée face à des membres du FN sur des plateaux de télévision. Preuve que Marine Le Pen n’est pas son père, certains animateurs ont d’ailleurs cédé à ces pressions pendant la campagne.

Pour se donner les moyens de ses ambitions, le FN a fait feu de tout bois. Il est vrai que leurs avocats — également élus locaux — sont payés grâce au financement public du parti… donc par nos impôts. Ils peuvent se permettre d’attaquer à tout bout de champ : des dizaines de procès en cours contre des journalistes et des adversaires politiques.

Il faut être solide et entouré, c’est notre cas, pour ne pas se…

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