Commentaire à chaud #3 | La pétition qui réunit les détracteurs de Caroline Fourest

A peine rentrée d’un long week-end à caractère familial en Suisse orientale, je tombe sur une pétition lancée sur Oumma. com par des “intellectuels” (mon œil! Ce sont surtout des militants!) contre la participation de Caroline Fourest à la prochaine fête de l’Huma, intitulée: Non à Caroline Fourest la « porte-parole de l’islamophobie de gauche » à la fête de l’Huma ! Quand on regarde la liste des signataires, on se rend alors compte qu’il s’agit d’un véritable “Stamm” réunissant la plupart de ses détracteurs les plus acharnés! Il ne manque que Rokhaya Diallo, Didier Lestrade et Alain Gresh! Et encore, ce n’est probablement qu’une question de temps jusqu’à ce qu’ils y ajoutent leurs paraphes!

Le texte de la pétition en lui-même n’est qu’un tissu de manipulations et de désinformations (pour rester très diplomatique) tellement grossières que l’on se demande si leurs auteurs ne prennent pas les lecteurs pour des imbéciles heureux!

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Edit du 15 septembre 2012: Voilà qui est fait pour Alain Gresh, même s’il n’a pas signé directement la pétition. Mais, il apporte clairement son soutien à l’une des initiatives annexes à cette pétition, une lettre de l’UJFP, demandant aux organisateurs de la fête de l’Huma d’annuler leur invitation à Caroline Fourest, pour les mêmes raisons énoncées dans le texte pétitionnaire:

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Ainsi, on apprend que Caroline Fourest se livrerait depuis une dizaine d’années à une stigmatisation systématique des musulmans qui aurait inspiré nombre de dirigeants politiques de droite et d’extrême-droite, dont Marine Le Pen! Si, si, la même MLP qui a collé un procès à la journaliste et à sa collègue, Fiammetta Venner, en diffamation pour la biographie qu’elles ont écrite sur sa carrière politique! Quant au Front National, soit l’extrême-droite française, il a consacré, depuis 2008, pas moins de 28 articles et communiqués de presse dénonçant celle qu’il qualifie, en reprenant le bon mot de Pascal Boniface, de serial menteuse! Naturellement, les auteurs du texte n’apportent aucune preuve ou même illustration de la manière dont leur bouc-émissaire parisienne préférée aurait été reprise dans les discours de la droite et de l’extrême-droite. Et non, la pseudo-analyse discursive d’un de ses articles, publiée par Pierre Tevanian, sur le site Les mots sont importants (Lmsi), et basée essentiellement sur des procès d’intentions ainsi qu’une sur-interprétation complètement tirée par les cheveux de ses propos, n’en constitue pas une démonstration. Tout ce qu’elle démontre, c’est qu’à Lmsi et dans certaines mouvances d’extrême-gauche domine une vision binaire du monde qui ne souffre aucune objection, conçue comme une trahison, ni la moindre nuance contradictoire, considérée comme un passage hypocrite et non-avoué à l’ennemi. Comme avec G. W. Bush, ou vous êtes avec eux (à 150%) ou vous êtes contre eux. Point.

Plus précisément, pour les auteurs de la pétition, la question des « prières de rue » a été mise en avant par C. Fourest dans le Monde avant d’être reprise par Marine Le Pen. Un gros bobard que n’avaleront que ceux qui vomissent la journaliste. En effet, un rapide tour sur le site de Nation Presse, l’organe de communication du Front National, montre que le parti s’est emparé de la question depuis au moins 2009, comme l’illustre un article du 10 novembre de cette année-là, intitulé: Révélations sur la collusion entre la police et les musulmans à Barbès. Ce communiqué fait référence à une action entreprise quelques semaines plus tôt par Riposte Laïque, qui proposait en octobre 2009 un article sur la manière de faire cesser ce qu’ils appellent l'”occupation des rues” par les musulmans. Or, l’édito de Caroline Fourest dénoncé ici date du 18 juin 2010. De plus, en le lisant, on se rend compte qu’il se contente de constater un état de fait: l’interdiction de cet apéro géant “saucisson pinard” est un cadeau fait à l’extrême-droite qui peut, une nouvelle fois, poser comme martyr d’une gauche à tendance totalitaire, soutenue par un état corrompu cherchant à faire disparaître l’identité française au profit des “envahisseurs”. Les propos de Christine Tasin, une des membres fondatrices de Riposte Laïque, publiés 3 jours plus tôt sur son blog, illustrent parfaitement cette logique analysée par Caroline Fourest dans son article incriminé:

Par ailleurs, quoi qu’il en soit, nous avons, d’ores et déjà, gagné la bataille de l’opinion, des millions de Français, grâce à cet apéro et à la publicité qui lui a été faite par ses ennemis et les medias, ont découvert ce qui se passait à leur insu dans leur pays, l’islamisation progressive et les bassesses des associations comme SOS Racisme, des partis, de gauche comme le PC et le Front de Gauche ou d’extrême droite comme la Nouvelle Droite Populaire  qui  ont tous essayé de jeter l’opprobre sur les organisateurs de cette fête populaire et conviviale. Etonnant d’ailleurs ce rapprochement gauchistes, islamistes et extrême droite sur le coup…

Bref, Caroline Fourest n’a certainement pas inspiré les identitaires ou l’extrême-droite. On peut ne pas être d’accord avec son analyse, mais on n’y trouve aucun appel à la stigmatisation des musulmans dans leur ensemble, ni même une quelconque suggestion que ceux-ci constitueraient un problème particulier pour la société française. Elle y parle explicitement des intégristes et non pas des musulmans dans leur ensemble. Elle vise d’ailleurs moins l’intégrisme islamique que la démission ponctuelle, mais progressive, des institutions publiques françaises dans leur mission de maintien de la laïcité et leur tendance à choisir la facilité, requalifiée en voie pragmatique, plutôt que d’affronter ces problèmes de face. Or, elle estime que cette compromission de l’état constitue un des facteurs de succès des nouveaux populismes identitaires qui l’accusent de complicité avec les envahisseurs:

Ces derniers militent moins contre les intégrismes, au nom de la laïcité, que contre l’ “islamisation” au nom de l’identité nationale. Une sémantique qui les a coupés des laïques antiracistes, avant de les rapprocher des ultranationalistes… Qu’ils admirent Eric Zemmour, Marine Le Pen, Philippe de Villiers, Batskin ou le Bloc identitaire. Bien que marginales, ces alliances préfigurent un populisme d’un genre nouveau, façon Geert Wilders aux Pays-Bas ou l’Union démocratique du Centre en Suisse.

Ce populisme marque des points partout où des élus cèdent au communautarisme et à l’intégrisme. C’est le cas lorsque certaines villes de France acceptent que des groupes religieux – juifs ou musulmans – puissent dresser des barrières et bloquer la circulation : pour la sortie d’une école religieuse ou pour prier en plein air. Pas toujours par manque de place. A Saint-Denis, par exemple, les militants de l’association Tawhid prient en pleine rue, alors que leur local permet d’accueillir les fidèles à l’intérieur. On imagine l’exaspération des habitants qui vivent autour. Surtout lorsqu’ils sont d’origine algérienne et repèrent ce manège prosélyte.

De plus, les auteurs de la pétition, toute à leur dénonciation de la soi-disant islamophobie de Caroline Fourest,  passent comme chats sur braises sur ses ouvrages concernant l’extrême-droite (notamment, cette biographie de Marine Le Pen, publiée fin 2011, qui lui a valu le procès mentionné plus haut et qu’elle a de très bonne chance de gagner, ainsi qu’une version abrégée: Marine le Pen démasquée) ou encore, les intégristes chrétiens, notamment catholiques, auxquels elle a consacré en 2009 un nouvel ouvrage intitulé Les Nouveaux Soldats du Vatican. Bien entendu, ils citent aussi le moins possible Tirs croisés – La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman et uniquement le passage dans lequel elle juge que l’intégrisme islamique est plus dangereux, dans les circonstances géo-politiques internationales du moment, que les autres intégrismes, notamment dans les pays musulmans. Contrairement à ce que prétendent ces détracteurs, elle ne dit ni ne suggère jamais que l’islam serait intrinsèquement radical ou intégriste et elle se distancie clairement de ce genre de posture (Et si l’islamisme en profitait pour s’étendre?, chapitre 4). Mais, ils oublient joyeusement tous les autres chapitres consacrés aux intégrismes chrétiens et juifs ainsi que ses analyses sur les points de convergences entre les trois intégrismes, dont les représentants institutionnels dans les arènes gouvernementales, travaillent souvent main dans la main. Enfin, un petit tour sur le site de la revue ProChoix, qu’elle a fondée il y a plus de 10 ans et qu’elle édite régulièrement, montre qu’elle n’a pas du tout abandonné le combat contre l’extrême-droite ou les intégrismes chrétiens. L’introduction de termes “catholiques”, “traditionalistes”, “intégrisme chrétien”, “extrême-droite”, etc., dans le moteur de recherche du site résulte dans des listes d’articles publiés régulièrement sur ces sujets.

Le texte des pétitionnaires nous dit aussi que l’essayiste a systématiquement pris position en faveur de  mesures discriminatoires visant spécifiquement les musulmans, et qu’elle aurait donc soutenu non seulement la loi interdisant le foulard dans les établissements scolaires publics (2004), l’interdiction des prières sur la voie publique, mais aussi l’interdiction du port du « voile intégral » (2010). C’est tout simplement faux. Si elle était effectivement en faveur de l’interdiction du port du voile à l’école et dans les institutions étatiques de la République, elle fait clairement la distinction entre celles-ci (qui doivent rester neutres face à la religion) et l’espace public, soit tous les lieux communs fréquentés par l’ensemble de la population, tels que les rues, les routes, les gares, les parcs, etc. Respectant l’esprit et le texte de la loi de 1905, elle estime que la population a le droit d’y manifester son appartenance religieuse, voir même d’y célébrer des fêtes cultuelles, dans la mesure où elles ne mènent pas au désordre public et ne menace pas la sécurité de l’état, soit les limites habituelles à toutes activités dans ces endroits. Elle s’est donc clairement opposée à la loi « voile intégral »:

Peut-on, pour autant, tout régler par l’interdit ? C’est là que le débat devient plus complexe. Il est possible d’interdire un signe religieux inégalitaire à l’école publique, au nom de sa vocation émancipatrice. Ainsi que dans les services publics et les lieux représentant la République, à cause de cette symbolique. Mais dans la rue ? Ici, le choix d’un individu – fût-il aliénant – prime. Tant qu’il ne nuit pas à la sécurité ou à l’”ordre public”.

Ensuite, si elle trouve normale que les prières de rue soit interdite (ce qui n’a rien de discriminatoire, soit dit en passant!), elle a clairement exprimé son soutien à la construction de lieux de cultes dignes, mais financés de manière privée, quitte à prendre le risque que certaines reçoivent des fonds d’états ou d’organisations étrangères intégristes.

Concernant le Y a bon Award, décernée en mars 2012 à Caroline Fourest, il était particulièrement symptomatique d’une extrême-gauche tiers-mondiste, qui ne supportait plus de voir ses positions remises en cause de manière constante et solide par cette journaliste. Les Indivisibles ont donc décidé de lui faire payer des années de réflexions contre leurs dérives relativistes qui vont jusqu’à faire des intégristes musulmans les meilleurs résistants à l’impérialisme occidental! Ils ont ainsi saisi l’occasion de l’utilisation par Caroline Fourest, dans un discours de 2010, d’une actualité locale invoquée pour illustrer certaines dérives des pouvoirs publics locaux en faveur du communautarisme religieux. Apparemment, les militants anti-Fourest ont eu beaucoup de mal à trouver une faille dans son discours leur permettant de soumettre son nom pour l’édition 2012 de cette cérémonie, puisqu’ils ont dû remonter à au moins deux ans dans son historique!

Je passe sur la référence au chapitre que Pascal Boniface lui consacre dans son ouvrage Les intellectuels faussaires.  Je crois que ce blog, qui analyse par le menu ses multiples écarts aux règles de base de la recherche et de l’analyse qui se veut scientifique, démontre amplement qu’il aurait pu figurer en très bonne place dans son propre livre. Ayant lu ce chapitre en question (plus un ou deux autres), j’ai pu constater que son auteur se contente de répéter les mêmes allégations gratuites contre elle, sans même les référencer ou les sourcer correctement!

Mais, le sommet de la désinformation est atteint avec l’affirmation, déjà 1000 fois répétée, mais toujours aussi fausse, selon laquelle Caroline Fourest aurait publié dans le Wall Street Journal une tribune en faveur de la thèse de l’Eurabia, un concept inventé par Bat Ye’or, tête de pont des néoconservateurs en Europe. Les auteurs de cette accusation en veulent pour preuve le titre de l’article: The War for Eurabia. Ce qu’ils oublient commodément de préciser, en espérant que les lecteurs n’iront pas vérifier, c’est que Caroline Fourest ne mentionne pas une seule fois ce concept dans son texte et qu’à aucun moment elle ne reprend les arguments des néoconservateurs. En effet, ces derniers conçoivent le risque islamique en termes purement démographiques et ethniques, faisant de chaque musulman un intégriste plus ou moins ouvertement revendiqué, n’attendant qu’un signal de la part de leaders religieux pour prendre le pouvoir en Occident et imposer la charia ainsi que le statut de dhimmi aux non-convertis.

Le concept a été inventé par Bat Ye’or, popularisé en particulier par son livre Eurabia : l’axe euro-arabe sorti en 2005, affirmant l’existence d’une coopération complète entre les pays européens et les pays arabes, tant en politique intérieure qu’extérieure (notamment en matière d’immigration, d’économie, d’enseignement, de diplomatie), une hostilité à Israël et un support à l’antisémitisme, un appui à l’Organisation de libération de la Palestine et une soumission à l’islam7. L’auteur utilise ce terme en combinaison avec le néologisme « dhimmitude », introduit par elle en lieu et place du terme « dhimmité » pour exprimer le concept de dhimma : le mot « dhimmitude » évoque une proximité phonétique voulue avec le mot « servitude » (qui existe en français et en anglais, et que l’on retrouve dans ses ouvrages dans ces deux langues); il est utilisé par Bat Ye’or pour signifier une attitude de concession, d’apaisement et de soumission envers l’islam. (Fiche Wikipédia pour Eurabia)

Caroline Fourest, elle, parle exclusivement du risque intégriste et de l’islam politique de certains mouvements, notamment les Frères Musulmans, qui, avec la complicité plus ou moins consciente des groupements tiers-mondistes anti-impérialistes et certains pouvoirs publics, tentent de saper les bases de la laïcité et de la démocratie, pour s’imposer non seulement aux non-musulmans, mais aussi et surtout à ceux de leurs coreligionnaires qui n’adhèrent pas forcément à leur vision de la religion. De fait, le titre de l’édito a probablement été choisi par la rédaction du Wall Street Journal et n’a rien à voir avec le contenu. Dans cette optique, la référence à Anders Breivik, qui n’a jamais cité Caroline Fourest dans ses écrits, ne sert à rien d’autre qu’à ajouter une couche artificielle de discrédits sur la journaliste, si d’aventure, les affirmations précédentes ne paraissaient pas assez fortes au lecteur pour le rallier à ce lynchage médiatique.

En conclusion, si certains à l’extrême-gauche refusent de faire la distinction entre une critique fondée de l’intégrisme en islam et le dénigrement systématique des populations de culte et/ou de culture musulmane, tel qu’il existe réellement dans les discours identitaires des nouveaux populismes émergents (malheureusement trop souvent repris par des élus de droite craignant de perdre des voix à ces nouveaux courants idéologiques), alors c’est eux qui ont un sérieux problème. En effet, ils font largement le jeu des mouvances intégristes partisanes d’un communautarisme musulman qui associent la moindre critique d’un leader fondamentaliste ou de son mouvement à une attaque en règle envers tous les musulmans, comme si ceux-ci devaient absolument former un seul bloc. J’espère donc que les organisateurs de l’Huma ne se laisseront pas influencer par cette propagande haineuse, basée sur des accusations infondées et des affirmations purement gratuites. On reste d’ailleurs franchement perplexe devant l’incapacité crasse des détracteurs de Caroline Fourest à répondre directement à ses arguments, préférant détourner ses propos, souvent en les tronquant, pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. Quel genre de cause nécessite d’être défendue par des moyens aussi déloyaux et malhonnêtes?  En effet, comme le dit Gandhi, la fin est dans les moyens, ce qui signifie que si les moyens sont pourris, il y a de grandes chances que la fin le soit aussi.

The means may be likened to a seed, the end to a tree; and there is just the same inviolable connection between the means and the end as there is between the seed and the tree. (Gandhi: ‘Hind Swaraj’ and Other Writings, Mohandas Gandhi, Cambridge University Press, Jan 28, 1997, p. 81)

7 thoughts on “Commentaire à chaud #3 | La pétition qui réunit les détracteurs de Caroline Fourest

  1. Malow says:

    Driss Ettazaoui porte-parole Modem Eure (27) signe l’appel contre l’invitation de Fourest à l’huma?!
    Ce qui m’a le plus choqué, c’est de trouver parmi les signataires de l’appel contre l’invitation de Fourest à la fête de l’huma le nom d’un certain Driss Ettazaoui investi par le Modem aux élections législatives de juin 2012 pour la 1ère circonscription de l’Eure… Prendre position pour le muselage d’une journaliste tout en ayant été candidat du ” mouvement démocrate” et aujourd’hui porte-parole dans l’Eure de celui ci me parait pour le moins étrange. De plus il associe clairement le Modem à sa signature. j’aimerais bien avoir l’avis du parti à ce sujet.

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  2. De Lathouwer Claude says:

    D’accord avec vous à cette précision près: le terme Eurabia n’est pas de CF et n’est (ne serait?) pas davantage de Bat Yeor: voir les commentaires de cette dernière (désolé, je ne parviens pas à reproduire le fac similé de la couverture de la revue… Eurabia et … la référence de l’article que BY a rédigé à la suite de l’affaire Breiwik):

    “Qui a inventé Eurabia ? Qu’en on juge ! Voici deux rectos de la revue Eurabia. Regardez bien les dates : juillet et septembre 1975 pour les numéros 2 et 3.

    Et en voici les versos respectifs :

    Regardez bien le bas du verso du n° 2. Le directeur de la publication d’Eurabia est Lucien Bitterlin et le rédacteur en chef en est Robert Swann.

    Qui est Robert Swann ? Nous l’apprenons par un article du 2 septembre 2009 signé Richard Eyre publié par The Council of Arab-British Understanding (CAABU), tiré de la rubrique nécrologique du Guardian (23 Août 2001). Selon cet article, Robert Swann fut secrétaire général d’Amnistie Internationale. Fils unique de parents allemands, il se convertit au catholicisme, et après un court passage au Foreign Office il fonde en 1974 avec le parlementaire travailliste Christopher Mayhew et le Français Raymond Offroy, membre de l’Assemblée nationale, l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe (APCEA). Posté à Paris, il en devient le premier secrétaire général, titre auquel il joint celui de directeur du Fond de l’Amitié Arabe-Non arabe (Arab-Non Arab Friendship Fund : ANAF) situé en Suisse, et finançant les activités de cette organisation. Swann réussit à convaincre les parlements européens à adopter une position unifiée favorable aux Palestiniens et au monde arabe.

    L’origine du mot Eurabia qui me vaut les foudres, les quolibets et les menaces de la bien-pensance eurabienne, émane donc du fondateur de l’APCEA. Mon livre Eurabia au titre parfaitement légitime puisqu’il examine les activités de l’organisation génitrice de ce nom et de la politique qui lui est associée, se fonde sur des livres, des documents de la Communauté Européenne et des déclarations officielles de la Ligue arabe et de l’Organisation de la Conférence Islamique, aujourd’hui Organisation de la Coopération Islamique. C’est l’APCEA qui, avec le soutien de la Commission européenne, fut chargée de mener la politique officieuse des Etats membres de la Communauté européenne, sous le chapeau du Dialogue euro-arabe, formule créditée à Michel Jobert, né à Meknès (Maroc) et ministre français des Affaires étrangères (1971-73).”

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  3. Au milieu de beaucoup de glissements et d’approximations, vous avez raison sur un seul point, CF n’a pas inspiré les Identitaires, c’est surtout elle qui s’en inspire hélas, reprenant les clichés islamophobes de ce groupuscule néo-nazi. Ce qui n’empèche pas du tout de publier une bio de Le Pen, rien d’incompatible, surtout quand on fait partie comme elle, des nouveaux “chiens de garde” cumulards (presse écrite, radios, et TV)…L’important est qu’elle s’est fait copieusement siffler et huer hier à la fête de l’huma, fête populaire de gauche où elle n’avait rien à faire faisant partie de la petite élite germano-pratine de droite…

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    • Ah bon? Des approximations et des glissements? Lesquels? Des clichés islamophobes? Lesquels? Voyez-vous, ce qui distingue Caroline Fourest de gens comme vous, c’est que lorsqu’elle critique des mouvances ou des idéologies, elle le fait toujours sur la base de citations précises, sourcées et dont le contexte a été correctement restitué afin que l’on puisse juger de la pertinence ou pas de son raisonnement et de son analyse. Dans ce texte, j’ai essayé d’en faire de même. Vous vous contentez de faire de grandes affirmations et d’avancer des allégations dans le vide, et le lecteur, apparemment, devrait simplement vous croire sur parole.

      Non seulement cela, mais en plus, semble-t-il, cela ne vous gêne pas du tout que les auteurs de la pétition aient menti sur un point central de leur contestation du droit de Caroline Fourest à s’exprimer, soit qu’elle aurait inspiré l’extrême-droite et les identitaires. Vous le reconnaissez implicitement en estimant que ma remise au point est juste, mais au lieu de vous demander pourquoi des gens se sentent obligés de mentir et de raconter n’importe quoi pour défendre leur position, vous faites exactement comme eux et utilisez cette fausse concession simplement pour rajouter une couche supplémentaire d’accusations infondées. Maintenant, ce serait Caroline Fourest qui se serait inspirée des identitaires et de l’extrême-droite! Evidemment, vous n’avancez aucune preuve de cette affirmation! De nouveau, on est censé vous croire sur parole. Je me demande bien pourquoi, alors que vous cautionnez des gens qui font de la propagande pure et que vous êtes en faveur de la censure violente de personne dont la tête et le le combat ne vous reviennent pas.

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  4. “Les islamistes formés ou influencés par les Frères musulmans, le groupe égyptien fondé par Hassan el-Banna en 1928, partagent cette vision. Depuis leur tentative avortée de prise de pouvoir en Égypte, et plus encore depuis leur défaite dans la guerre civile algérienne, l’Europe est devenue leur première priorité : le troisième round des islamistes. Qu’ils choisissent l’option djihadiste, comme Ayman al-Zawahiri – le n°2 et théoricien d’Al-Qaïda -, ou qu’ils optent pour une approche “réformiste”, les islamistes inspirés par les Frères musulmans poursuivent tous le même rêve, formulé par Hassan el-Banna : “faire flotter le drapeau de l’islam partout où vit un musulman”.” Caroline Fourest dans le fameux article du Wall Street Journal. Si elle met en cause les “islamistes” (un terme des plus flous, et signalons par ailleurs que le terme intégriste est historiquement né pour qualifier une branche du catholicisme…), elle leur reproche bien de vouloir “faire flotter le drapeau de l’islam partout un vit un musulman”. Et donc, lisant l’article du Wall Street Journal traduit en Français, on peut évidemment s’apercevoir de la convergence totale avec les thèses néo-conservatrices : celle de l’islamisation de l’Europe.

    Vous pouvez nous critiquer. Vous ne pouvez pas changer ce que Caroline Fourest a écrit. Le titre en effet n’est pas d’elle, mais le fond de l’analyse, oui. Et ce fond est faux. Qardawi n’a vraiment aucune intention de conquérir l’Europe, pas plus que Ramadan, pas plus que les musulmans qui les écoutent. C’est une contre-vérité manifeste et Caroline Fourest n’aurait pas osé écrire en Français ce qu’elle a écrit en Anglais.

    Je ne développerais pas davantage, mais vous donnerai simplement un aperçu d’une intervention récente de dame Fourest qui témoigne de son peu de rigueur : selon le Monde Diplo (d’affreux gauchistes, ça va de soit) de septembre, dans Le monde du 25 février 2012, elle écrivait : “D’après Al-Arabya, des opposants au régime iranien affirment que leur gouvernement a fourni un four crématoire à son allié syrien. Installé dans la zone industrielle d’Alep, il tournerait à pelin régime… Pour brûler les cadavres des opposants?” Il est vrai que la peur du ridicule ne tue pas.

    Françoise Duthu

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    • Vous faites un grossier amalgame entre les propos des néoconservateurs qui prétendent que les musulmans, dans leur ensemble, veulent islamiser l’Europe et dans une optique radicale, et ceux de Caroline Fourest, qui effectivement, estime que certaines mouvances islamistes, dont les Frères Musulmans, cherchent à imposer leur version de l’islam à l’ensemble des sociétés européennes, y compris aux citoyens de culte ou de culture musulmane qui y vivent et ne partagent pas forcément leur vision de l’islam. Ces allégations (contrairement à celles de cette pétition auxquelles vous souscrivez) sont fondés sur des sources vérifiables qu’elles citent dans ses livres d’analyse et ses articles sur ProChoix. Mais, apparemment, vous avez choisi de les ignorer et de faire comme si elles se contentaient de parler dans le vide. De fait, si pour vous, les thèses des néoconservateurs et de Caroline Fourest sont pareilles, c’est que vous refusez ou êtes incapable de faire la différence entre la stigmatisation des musulmans dans leur ensemble et la dénonciation de l’activisme politique de certains islamistes. C’est un peu comme si on vous accusait de vous en prendre à tous les français qui votent à droite simplement parce que vous dénoncez certains leaders politiques ou d’opinions de droite particulièrement radicaux!

      De plus, pour prétendre qu’elle n’aurait jamais osé écrire en français ce qu’elle a publié en anglais dans cet article du WST, il faut soit n’avoir rien lu de ses ouvrages, soit faire preuve d’une sacrée mauvaise foi. En effet, cet article n’est rien d’autre qu’une synthèse très condensée de ce qu’elle a publié, en français, dans plusieurs de ces ouvrages!

      Enfin, concernant le fameux édito sur la Syrie, il ne démontre absolument pas son peu de rigueur. Je l’ai lu et elle utilise le conditionnel, ce qui signifie qu’elle reconnaît qu’elle n’est pas sûre de cette information, dont elle précise bien qu’il s’agit d’une rumeur. C’est certes une fichue habitude chez la plupart des journalistes qui consiste, dans certains cas, à publier au conditionnel des informations qu’ils n’ont pas pu vérifier, mais qu’ils jugent suffisamment pertinentes pour les mentionner quand même, quitte à prendre le risque que les gens ne retiennent pas le conditionnel. Mais, cela ne préjuge en rien de l’ensemble de son travail qui se déploie sur une dizaine d’ouvrages de fond et des centaines d’articles et d’éditos. Et quand on voit les grossières manipulations dans le texte de la pétition que vous avez signée, je crois que l’on peut parfaitement lui pardonner ce petit écart! Après tout, elle n’est pas infaillible non plus! Ainsi, cette acharnement contre elle pour de pareilles pécadilles donne franchement l’impression que le conflit avec elle est bien plus d’ordre personnel et politique que méthodologique, idéologique ou même factuel. Apparemment, nombre de gens n’ont simplement pas supporté ses critiques envers certaines de leurs postures et le lui font payer aussi chèrement que possible, en utilisant la puissance de démultiplication du Web. Quitte à sur-interpréter ses propos ou même à dire n’importe quoi à son sujet! Il semblerait que répondre directement à ses arguments, sans les détourner ou les manipuler, soit au-dessus de leurs forces.

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