Commentaire à chaud #2 | Tout le monde n’a pas une belle bouille à afficher sur son profil!

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Ceci n’est pas une série d’anonymes. Ce n’est pas du Warhol non plus, ni même une vaine tentative d’imitation! C’est juste une seule personne, bien réelle. Et elle ne se cache pas du tout.

Ce matin, une militante et éditorialiste française, avec qui j’ai eu une prise de bec sur Twitter au sujet de la supposée islamophobie de Caroline Fourest, m’a soudainement reproché de cacher ma véritable identité derrière un avatar. Cela m’a rappelé qu’il y a quelques semaines, au cours d’une discussion à batons rompus sur Facebook, un autre interlocuteur m’avait défiée en m’ordonnant de poster une photo de mon vrai visage. Du genre “Allez, montre-le si t’en as!” Ma première réaction fut de l’envoyer ballader en me moquant de lui. En quoi le fait d’afficher une photographie de ma bouille plutôt que les images de ce personnage manga que je m’étais constitué, pouvait l’aider à me connaître ou même à m’identifier? Ou même constituer un acte de courage et de transparence? Et puis, de quoi se mêlait-il? Ce n’est pas parce qu’il avait posté des photos supposées le montrer en sous-vêtements au saut du lit qu’il me permettait de le distinguer avec certitude des milliards d’autres internautes ou encore de mieux le comprendre. Si ça se trouve, c’était des photos qu’il avait piochées sur le Web et qu’il avait trouvées rigolotes au point de se les attribuer. Ce qui m’a poussée à lui répondre que, quelle que soit l’identité réelle de la personne représentée, elle devait avoir un léger problème d’exhibitionnisme narcissique.

Je pense donc qu’une petite mise au point s’impose quant à l’usage de ces avatars qui me tiennent lieu de photo de profils sur Facebook et Twitter:

Primo, je ne me cache pas derrière une fausse identité, puisque j’interviens sur ces réseaux sociaux sous mon vrai nom et que les informations que j’ai données à mon sujet sont parfaitement véridiques et vérifiables. Une photo de moi ne vous aiderait pas plus, puisque je ne suis qu’une internaute parmi les 2-3 milliards d’usagers du Web. Connaître mon nom et mon statut professionnel est autrement plus utile que de savoir à quoi ressemble ma frimousse. Surtout s’il y a peu de chances que nous nous rencontrions en face à face!

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Masque de Dionysos trouvé à Myrina (actuelle Turquie). Terre cuite, IIe–Ier siècles av. J.-C. Département des antiquités grecques, étrusques et romaines, Sully, 1er étage, salle 38. (Soumis à Wikimedia Commons par Jastrow)

Deuxio, le fait que je mette un “masque” ne signifie pas que je me cache. En effet, un masque peut parfois en révéler plus sur la personne qui le porte que si elle se présentait au monde nue comme un ver, mais lisse comme un écran vide. Sans compter que certains, semblent confondre transparence et indécence ! J’ai donc décidé d’aller au-delà de la simple logique d’identification visuelle, à laquelle sert normalement la photo de profil, pour privilégier une autre approche, celle de l’identification cognitive et intellectuelle. En d’autres termes, j’ai mis en avant une part de ma face interne plutôt que mon apparence physique. En effet, contrairement à Tamaki Suoh, d’Ouran High School Host Club, je n’ai pas la chance d’être d’une beauté exceptionnelle à la fois extérieure et intérieure et je ne peux donc pas me payer le luxe de m’exposer intégralement pour que tout le monde puisse m’admirer, comme une belle œuvre d’art dans un musée! Je privilégie donc l’intellect!

Ainsi, j’ai décidé d’exprimer mon attachement à une forme d’expression médiatique, le manga (ou bande dessinée japonaise) dont j’étudie certains aspects pour ma thèse. Je suis, en quelques sortes, ce que l’on pourrait appeler une “aca-fan” (un terme particulièrement popularisé par Henry Jenkins, sociologue spécialiste des “fans” et de la culture pop), soit une chercheuse qui a décidé de transformer l’un de ses divertissements préférés en un objet d’études, dans mon cas, les industries japonaises du divertissement audiovisuel. Et je ne suis de loin pas la seule à le faire. Par contre, je ne connais personne qui se serve de ses avatars de la même manière que moi sur Facebook. En effet, je me suis constituée une série d’avatars, à partir d’un modèle de base, pour exprimer mes humeurs de manière ironique, manifestant par là une forme de mise à distance par rapport à moi-même. Quand je me suis amusée à me portraiturer ainsi grâce à une application, mise gratuitement à disposition par Manga, un éditeur nippo-américain d’animation japonaise, je pensais révéler d’une manière inhabituelle une part de ma personnalité, en m’appropriant les représentations des émotions propres à ce mode d’expression.  Il est vrai que c’est une forme de communication un peu risquée. Ceux qui ne connaissent rien à ces univers narratifs peuvent penser que j’adopte des codes puérils ou que j’ai un étrange sens de l’humour pour une personne de mon âge. Je l’accepte, dans la mesure où je ne vise pas une popularité lisse et universelle, ni à plaire à tout le monde. Et comme nous sommes sur Twitter ou Facebook, des plateformes au fonctionnement et aux règles d’interactions encore très flottantes et mal définies, cela laisse, au fond, une assez grande marge de manœuvre à tout un chacun et oblige finalement l’ensemble des usagers à faire preuve d’une tolérance plus grande que dans le monde “hors-ligne”.

En conclusion, loin de me cacher, j’en révèle probablement plus que certains profils, avec photos professionnelles et/ou informations de façade, qui se contentent de ne relayer qu’une image unidimensionnelle de leurs auteurs reflétant uniquement leurs activités publiques. Mais, cela ne veut pas dire non plus que je m’expose totalement, ni que je me mets à nue. Et je ne vois pas pourquoi je le ferais!

9 thoughts on “Commentaire à chaud #2 | Tout le monde n’a pas une belle bouille à afficher sur son profil!

    • Bien sûr, mais je trouvais néanmoins la question intéressante! Après tout, quand on rencontre de parfaits inconnus dans une fête ou un événement public, on n’est pas vraiment en mesure de mieux les connaître que si on discute par écran interposé sur le Web, mais les gens ont l’air de croire que parce qu’ils se voient en chair et en os, c’est forcément différent! Pourtant, rien n’est plus facile que de se faire passer pour ce que l’on n’est pas, voir de se présenter sous une identité totalement factice, sans que vos interlocuteurs, sur le moment, n’aient beaucoup de moyens de vous percer à jour!

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  1. Actarus says:

    Et pourtant dans la “vraie vie” tu ne portes pas de masque quand tu rencontre des gens. On sent quand même le manque de confiance en soi. Une confiance bien superficielle puisque tu postes avec ton vrai nom.

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    • Vous n’avez pas lu le titre, hein? Evidemment que je n’ai pas une confiance en béton dans mon apparence physique! Je ne vais quand même pas vous faire un dessin! Cela ne signifie pas non plus que ma confiance en moi soit superficielle. De manière générale, je ne me cache pas et reste parfaitement identifiable, alors, je ne vois vraiment pas ce que vous me reprochez.

      Comme je l’ai dit dans mon article, vous en apprenez probablement bien plus sur moi en suivant mes changements d’avatars (enfin surtout sur Facebook, où c’est plus pratique, il est vrai que je ne le change pas autant sur Twitter ou même WordPress) et mes textes que si je postais une vraie photo de moi, toujours pareille. Il n’est même pas certain que vous me reconnaissiez si vous deviez me croiser dans la rue, parce qu’il se trouve que j’ai pas mal changé depuis la dernière fois que je me suis laissée prendre en photo! Et oui, une tresse de 30cm, ça vous transforme une personne qui a eu pendant longtemps les cheveux courts à mi-longs!

      De plus, les gens lisent quotidiennement des textes de personnes dont ils n’ont pas la moindre idée de l’apparence physique sans que cela leur pose de problème: journalistes, auteurs de romans de gare en grande série, auteurs d’articles académiques ou de thèses. Pendant longtemps, on n’avait généralement pas la moindre idée à quoi ressemblaient les journalistes ou animateurs-radio, à moins d’être invité au studio et ça ne fait que depuis quelques années qu’ils sont plus exposés, puisque les émissions sont de plus en plus fréquemment filmées et diffusées ainsi sur YouTube ou DailyMotion.

      De fait, vous-même n’avez aucune photo pour votre avatar et vous intervenez de manière totalement anonyme, puisque le pseudo d’Actarus doit être porté par au moins quelques dizaines de milliers d’internautes, ce qui fait que je n’ai strictement aucun moyen de vous identifier. Au mieux, je peux imaginer que vous soyez un fan de Goldorak! Donc, je vous laisse tirer vous-même la conclusion de votre raisonnement appliqué à votre propre cas.

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      • Actarus says:

        Vous et moi êtes différents. Je ne suis qu’un intervenant ne souhaitant pas être identifié pour des raisons autres. C’est pourquoi j’assume jusqu’au bout à savoir un pseudo ET pas d’avatar. Vous, vous vous adressez à un public (Sinon votre blog serait privé). En postant une photo, nous ne voulons pas parcourir les rues pour vous chercher et vous reconnaître, c’est ridicule. Poster sa photo quand on a un blog comme le votre (qui est très bien en passant, pour la majeur partie des postes) est un signe d’ouverture envers son lectorat. J’ai été moi-même fan de mangas, je n’ai pas pour autant le désire de lire un article d’une “tête d’anime”.

        De plus, votre avatar ne m’apporte rien sur votre personnalité, je savais déjà en vous LISANT que vous étiez fan de manga et que votre travail/étude était dans ce domaine. Se cacher derrière un avatar montre qu’il ne s’agit que d’un problème superficiel et non pas d’une raison pour “mieux vous connaître”. Il s’agit là d’une excuse, tout simplement. Je vous mets en lien le premier exemple qui me vient en tête – http://www.forbes.com/ -, vous verrez que les auteurs d’articles postent leur photo. Il s’agit là d’un signe de respect envers vos lecteurs, de même que si vous vous adressiez à un public dans la vraie vie. Et pour information, je me moque un peu que vous soyez une bimbo ou une vieille sorcière. La beauté c’est subjectif et de toute manière, ce n’est pas pour votre physique qu’on vous lit.

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        • Bon,si je vous comprends bien, vous, qui vous présentez de manière totalement anonyme, exigez de moi que je m’expose le plus complètement possible, y compris par une photo de moi? Et cela, parce qu’il faudrait que mon blog ressemble le plus possible à une interaction en face-à-face, malgré le fait que nous ne soyons pas dans une telle situation d’interaction?

          Mais, si vous voulez absolument que nous fassions comme si nous étions en face-à-face, alors, il faudrait que vous commenciez par vous munir d’une photo de vous pour votre avatar et de votre vrai nom. En effet, je n’ai pas exactement l’habitude d’interagir, dans le monde physique, avec des gens qui se présentent totalement masqués et refuse de me dire qui ils sont. Même dans une conférence, où il y a du monde, il m’est possible de dévisagez les gens autant qu’ils me dévisagent, et de savoir qui ils sont. A moins d’être dans un cercle spécifique, je ne discutent pas, ni ne me livre à des gens qui se cachent derrière un pseudonyme, lorsque je les rencontre en “IRL”. De fait, nous ne sommes pas du tout dans une situation de face-à-face, ni même dans les conditions de pouvoir l’imiter puisque vous revendiquez votre droit à un anonymat total.

          Ensuite, pourquoi devrais-je me soumettre à une relation totalement déséquilibrée par laquelle je serais obligée de me révéler à des gens qui, eux, se permettraient de rester complètement anonymes? Si vous estimez que s’exprimer publiquement implique de se révéler même physiquement, alors, cette règle s’applique aussi à vous, car en commentant mes billets de blog, vous ne vous adressez pas seulement à moi, mais aussi potentiellement à tous ceux qui passent par ici. Si vous voulez faire référence au fonctionnement de la presse écrite, en général, les rédactions, sauf exception rarissime (bonne cause et personne risquant sa vie), n’acceptent pas les lettres de lecteurs anonymes. Certes, elles ne publient pas leur photo, mais elles donnent leur nom et celui de la commune où ils vivent, ce qui permet de les identifier facilement. Au nom de ce même respect pour mes lecteurs que vous invoquez, je devrais donc n’accepter sur mon blog que les commentaires rédigés sous un vrai nom, vérifiable.

          Si Forbes décide de poster la bouille de ses journalistes (ou plutôt de son “staff”, ce qui n’est pas tout à fait pareil), nombre d’autres journaux, tout aussi de référence, ne le font pas. Je pense notamment au WST, au NYT, au Economist, mais aussi, plus près de chez nous, au Monde, à Libération, au Temps, à la Tribune de Genève, à la NZZ, etc., ne le font pas du tout. Mieux même, lorsqu’un journaliste écrit plusieurs articles dans le même numéro, une partie d’entre eux ne sont signés que de ses initiales! De manière générale, ce sont plutôt les auteurs d’éditoriaux et de tribunes ainsi que les invités qui ont leur photos affichées à côté de leurs textes, non pas par respect pour le lecteur, mais parce qu’il s’agit d’une forme de promotion (surtout pour les invités) ou de personnalisation de la communication avec le lecteur pour les chroniqueurs. Mais, c’est avant tout un choix éditorial. Que je sache, je n’ai jamais lu aucun lecteur se plaindre de ce que les journalistes n’aient pas une photo d’eux publiés à côté de leurs articles.

          Ensuite, mon avatar révèle bien quelque-chose sur ma personnalité. Il se trouve que je l’utilise sur plusieurs plateformes, et même si vous avez été lire mon blog de thèse, ce n’est pas du tout le cas de nombreuses personnes qui me croisent sur Twitter ou Facebook ou d’autres sites de réseaux sociaux. De plus, il ne signale pas seulement mon attachement aux univers narratifs produits par l’industrie japonaise du divertissement audiovisuel, mais aussi, comme je l’ai dit, une prise de distance ironique par rapport à moi-même. Il est certainement possible d’exprimer un tel recul par la photographie, mais il se trouve que je ne suis pas photographe ni graphiste et que j’ai trouvé ce moyen plus approprié. C’est un choix que je revendique et je n’ai pas l’intention de l’abandonner. Si vous estimez qu’il ne s’agit que d’une excuse (pour quoi?), libre à vous. Mais, comme je l’ai dit dans mon billet, je ne vais pas céder à ce genre d’injonction à peine justifiée. Je suis libre d’exposer de moi-même ce que je veux et votre argument sur mon soi-disant manque de respect pour mes lecteurs parce que je ne mets pas une photo de moi n’est vraiment pas convaincant, ni même très concluant.

          Enfin, soyez pas jaloux, mais il y a un certain nombre de mes lecteurs qui me connaissent “IRL” et savent très bien à quoi je ressemble! Ils n’ont donc pas besoin de photo de moi! ^_^

          Voilà, voilà, va falloir que vous vous contentiez de mon avatar!

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  2. Et tu as bien raison.
    Ayant fait la même chose, j’adhère à tout cet article, et notamment avec l’idée que certains confondent transparence et indécence, notamment sur Facebook…
    J’ai une autre raison pour ce faire : ne travaillant pas du tout dans le domaine sur lequel je blogge, je ne tiens pas plus que ça à ce que des collègues fouineurs le découvrent, puisque, comme tu l’as découvert, les gens sont prompts à juger.

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    • Merci pour votre message et vos encouragements. Néanmoins, comme je m’exprime sous mon vrai nom, je ne suis pas du tout dans l’anonymat. Comme je l’ai exprimé dans cet article, je ne recherche pas à éviter le regard des gens qui me connaissent sur mes activités “annexes”.

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