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Sur un fil de la toile #2 | Malheureux comme un scénariste en France ?

Mordus de séries, les Français ! Qu’on en juge : en 2011, 76 des meilleures audiences TV ont été réalisées par des séries. Mais si l’on y regarde de plus près, on constate que les productions françaises sont quasi absentes […] Les professionnels de la télévision ne s’en cachent d’ailleurs pas (ou plus) : les séries françaises (et la fiction en général) sont en crise. […] Des témoignages de scénaristes confirment en tout cas ce sentiment que leur potentiel créatif est laissé en jachère. Les raisons avancées rejoignent celles identifiées par le CNC : tout d’abord, un espace télévisuel très étroit, avec peu de chaînes susceptibles de financer de la fiction, et donc peu de concurrence. Du coup,« pourquoi faire de l’innovation alors que la troisième diffusion d’un épisode desCordier fait 45 % de parts de marché ? », se demande un scénariste interrogé par le sociologue Philippe Le Guern. (MOLINAT, Xavier, “Malheureux comme un scénariste en France?“, in: Guide des cultures pop, Les grands dossiers de Sciences Humaines, no26, avril-mai 2012, pp.50-51)

Dans cet article, Xavier Molinat rapporte le décalage qui semble se creuser de plus en plus profondément entre les scénaristes de séries TV françaises et les diffuseurs. A première vue, leurs exigences semblent irréconciliables, et les scénaristes donc destinés à une longue déprime, puisque ce sont les chaînes de télévision qui tiennent le couteau par le manche.

Il me semble cependant que des études plus poussées de la réception des séries TV en France devraient permettre d’articuler les arguments des diffuseurs, basés surtout sur des calculs d’audience, et ceux des scénaristes et des réalisateurs de séries, basés sur les hits-parades des séries dans les préférences de leurs publics. Il faudrait notamment voir quelle est la part d’habitudes télévisuelles chez certaines audiences, ayant été accompagnées pendant une bonne partie de leur vie par certaines séries françaises des années 70-80, ou encore l’éventuel part de biais dans les sondages réalisés auprès des téléspectateurs, qui donneraient peut-être trop la parole aux publics des séries américaines récentes.

Divers auteurs français se sont d’ailleurs attachés, ces dernières années, à mieux comprendre les publics de séries TV. Je viens de découvrir l’article gratuitement en-ligne de Dominique Pasquier et Olivier Donnat, tous deux des spécialistes de longue date des publics de culture populaire, intitulé: Présentation. Une sériphilie à la française (cité dans les sources de l’article susmentionné).

Je ne peux aussi m’empêcher de citer les très bons ouvrages, récents aussi, de Jean-Pierre Esquenazi: Mythologie des séries télé, sorti en 2009, et Les séries télévisées: l’avenir du cinéma?, publié en 2010. Mais, en ce qui me concerne, même si les ouvrages précités m’ont été très précieux pour ma thèse, le grand classique qui m’a introduit à l’histoire des séries TV et à l’étude des logiques à l’oeuvres dans la narration sérialisée, c’est l’ouvrage édité par Robert C. Allen (en anglais, donc, et portant alors en bonne partie, mais pas uniquement, sur le monde anglo-saxon et nord-américain), intitulé: to be continued…Soap operas around the world.

Relayé sur  Scoop.it – Mass Culture | Culture de masse

Source: Sciences Humaines