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Les Observateurs.ch: vraiment politiquement incorrects?

Bon, au lieu de lire mon journal quotidien Le Temps, j’ai décidé de consacrer ce temps-là à la toute nouvelle publication électronique, supposée contribuer à la diversification du paysage médiatique romand, à savoir, les fameux Observateurs.ch. D’après son propre slogan, son principal objectif serait de contrer le “politiquement correct” ambiant. Mon constat, à cette première lecture, est assez simple. S’il continue sur cette ligne, ce site manquera complètement sa cible, puisqu’il se contentera de répéter ce que l’on trouve déjà ailleurs. Ainsi, partager les mêmes opinions que la droite conservatrice n’a vraiment rien de “politiquement incorrect”, si par cette formule on entend une posture anticonformiste, osée, voir d’avant-garde, potentiellement risquée et généralement minoritaire, dans la mesure où ces opinions sont largement répandues dans la population et bien relayées par divers canaux médiatiques. Du coup, je dois avouer que je ne vois pas trop quelle nouveauté ou originalité les Observateurs.ch apportent à la scène romande de l’information et du commentaire sur l’actualité.

En effet, à part un article d’Olivier Meuwly, historien spécialiste du libéralisme et radicalisme politique suisse, qui tente une approche un peu nuancée de la situation actuelle du PLR, tous les autres se contentent au mieux de faire du journalisme tout ce qu’il y a de plus banal (notamment dans l’article sur la Corée du Nord, Le Petit Prince ou Claude Nicollier), c’est-à-dire, un résumé rapide et relativement unidimensionnel de l’actualité, ou  au pire, de vitupérer plus ou moins gratuitement contre le monde politique, de la même manière que n’importe quel blogueur amateur sachant un peu manier la plume (ou le clavier). Il est donc heureux que l’accès aux articles soit gratuits, sinon, les lecteurs ne tarderaient pas à déserter cette plateforme, puisque ce type de discours, avec les mêmes mécanismes rhétoriques, est massivement et gratuitement disponible sur le Web, y compris le Web “helvétique”. Par exemple, la plateforme de blogs de la TdG offrent plein d’occasions à ceux qui s’insurgent constamment contre le “politiquement correct” et  la “bien-pensance” de gauche de s’exprimer et de hurler leur ras-le-bol!

La palme de ce jour revient à Uli Windisch qui, dans un de ses premiers éditoriaux, invoque “l’esprit de recherche”, c’est-à-dire, plus prosaïquement, la méthode scientifique et l’esprit critique, comme un chamane en appellerait à “l’esprit de la forêt”, tout en en contredisant lourdement les principes de base, notamment la nécessité de poser clairement et précisément les termes du débat (ici, le “politiquement correct”, la “bien-pensance”, la “gauche”, dont on ignore toujours, à la fin de son billet, comment il les définit.).

Mais, Olivier Grivat fait à peine mieux avec son article sur les jours-amendes, dans lequel il se contente de citer de gros blocs de documents fédéraux relatant les débats qui ont présidé à la naissance du nouveau code pénal, mais sans les remettre dans leur contexte, réduisant son argument à une association incongrue entre ce qui se disait à la fin des années 80 et dans les années 90 et ce qui se passe en 2012! Apparemment, pour lui, cela suffit à prouver que les politiques de l’époque, et notamment la gauche, auraient fait preuve d’un aveuglement et d’une incompétence crasse!  Et pour éviter de faciliter la tâche de ceux qui voudraient vérifier les propos cités, au lieu de nous donner le lien directement vers les publications dont il les a tirés, il ne propose que celui menant vers la page de départ de la banque des documents du parlement! Quand on sait qu’il y en a des centaines de milliers, c’est plutôt coton, d’autant plus qu’il ne précise ni leurs titres, ni même le type de document dont il s’agit!

De son côté, Philippe Barraud reste fidèle à lui-même, continuant de confondre anticonformisme et contradiction gratuite, libre-pensée et opinion personnelle, traits d’esprits et insultes (notamment dans son article sur le pamphlet de François Chérix et Roger Nordmann).

Bref, on comprend instinctivement, parce que ce n’est jamais dit précisément ou explicitement, que le combat contre le politiquement correct des “Observateurs” se réduira à une simple dénonciation de tout ce qui leur paraît venir de gauche, sans que l’on sache précisément pour autant ce qu’ils entendent par “la gauche”! Enfin, en parcourant ce nouveau “média” (en fait, un blog collectif d’opinion comme n’importe quel autre), on finit quand même par saisir que ses auteurs estiment que tous ceux qui ne marchent pas dans les pas de l’UDC sont de gauche et politiquement corrects, l’UDC représentant pour eux le pinacle de l’anticonformisme (Mouarf!)! Donc, sans nier le droit d’exister ou même la légitimité de cette plateforme d’opinion, nous la vendre comme un antidote à l’apparente homogénéité journalistique romande et à une information trop biaisée, me paraît pour le moins prétentieux, voir carrément relever de l’arnaque intellectuelle!

3 thoughts on “Les Observateurs.ch: vraiment politiquement incorrects?

  1. Je n’ai pas lu ce journal mais je vois très bien ce que vous voulez dire. En ce moment, en Belgique, le journal “Le Soir”, premier quotidien du pays, prétend s’attaquer durant 13 jours aux tabous du pays. O ciel! Enfin des articles qui vont frapper fort et titiller l’opinion?

    Un grand coup dans l’eau puisque ces prétendus tabou sont notamment:

    1) Les chômeurs profitent du système
    2) le parti socialiste verrouille la région wallonne
    3) le multiculturalisme est raté en Belgique.

    Où comment orienter l’info en prétendant soulever le coin du voile…

    Cerise sur le gâteau, il propose aux lecteurs de choisir le 13ème tabous parmi des thèmes présélectionnés (évidemment). On y trouve pèle-mêle “l’argent des syndicats”, “le laxisme de la justice face à la petite et la grande (ouf!) délinquance”, et enfin “l’écologie, une nouvelle dictature”…

    A ce rythme là, des figures comme Marine Lepen nous seront bientôt présentée comme des personne simplement cool et contestataire face à la gauche rétrograde….

    Ne baissons pas les bras. C’est la luuuuteu finââââleu…;)

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    • Je vois que les grosses ficelles rhétoriques et discursives sont les mêmes partout en Europe de l’Ouest, et ce, malgré la diversité des contextes socio-politiques! Je crois que je devrais faire une petite recherche sur le politiquement correct et les autres problématiques qui lui sont associées comme le populisme et la démagogie. Mais là, mon temps est franchement limité. J’espérais que les éditeurs des Observateurs.ch le feraient, puisqu’ils prétendent combattre ces maux, mais non. Apparemment, ils partent au combat sans vraiment définir leur cible. Je suppose, pour pouvoir ratisser aussi large qu’ils le désirent!

      Merci de votre intervention et au plaisir de vous relire!

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