Contrairement à l’image qu’en donne une série animée comme Heidi, les Suisses ne vivent plus depuis très longtemps là-haut dans les montagnes, mais majoritairement en plaine, en ville. Même ceux qui vivent à la « campagne » entre guillemets, se trouvent rarement à plus de 30 minutes en voiture ou en train des centres de vie urbaine que sont entre autres Genève , Berne, Bâle, Zürich, Saint-Gall ou Lugano.
Bien que minuscule à l’échelle mondiale, la Suisse est divisée en 3 aires culturelles et linguistiques qui épousent les zones d’influences historiques des anciennes puissances voisines, la France (au sud-ouest), l’Allemagne et l’Autriche (au nord et à l’est) et l’Italie (au sud).
Cela veut dire que pour un pays d’environ 7 millions d’habitants, on a 3 langues reconnues au niveau national ! La population est ainsi constituée grosso-modo de 73% de Suisses allemands, 21% de francophones (Suisses romands ou Romands) et 5% d’italophones (Tessinois).
Concrètement, chaque élève doit apprendre au moins deux langues nationales, le français et l’allemand, l’italien n’étant pas obligatoire.
La division linguistico-culturelle de la Suisse a contribué à régionaliser les audiences et publics potentiels. De fait, cette situation rend impossible ou très difficile et coûteux une production d’une culture de divertissement proprement nationale, justement parce qu’on n’arrive pas à atteindre la masse critique qui caractérise ce type d’offres. De plus, du simple fait de la petite taille de sa population, le pays n’est pas en mesure de fournir autant de « créateurs » (artistes, écrivains,…) au potentiel populaire que la France ou l’Allemagne par exemple.
Du coup, une bonne partie des contenus diffusés dans les médias audiovisuels et imprimés vient de pays dont les marchés internes favorisent une industrie nationale qui peut ensuite s’exporter chez les voisins. C’est le cas pour la majorité des séries et films TV diffusés sur les chaînes nationales.
Il en va de même dans l’industrie du cinéma, dont la production suisse est à l’état quasi-embryonnaire et presque complètement dépendante des financements publics. Pour ce qui est de l’édition imprimée, même s’il existe un grand nombres de maisons d’éditions, celles-ci subissent le même handicape qui tend à favoriser les produits étrangers dans les domaines de la culture populaire, notamment la BD.
Dans ce cas, qui nous intéresse tout particulièrement à cause du lien évident entre éditeurs de BD et diffusion du manga en Europe, la production suisse est essentiellement portée par des petites sociétés menées par des passionnés, qui tournent tant bien que mal et nécessitent souvent des soutiens de sources externes comme l’Etat pour s’en sortir. Naturellement, celles-ci sont actives au niveau régional et il est assez rare que les BD produites en Suisse romande soient traduites en allemand ou italien et vice-versa.
Dans un tel contexte d’édition, il ne peut exister d’incitation à l’édition de mangas en Suisse alors que les pays voisins, disposant de marchés nationaux beaucoup plus intéressants, s’en chargent déjà. Il est beaucoup plus simple et moins coûteux d’importer les titres édités ailleurs en Europe et de les redistribuer en Suisse. Ces dernières années ont ainsi vu naître quelques sociétés (Mix-image, Anime Virtual et OAV Films entre autre), spécialisées dans la distribution des mangas et des vidéos d’animes, soit dans des magasins entièrement consacrés à la culture populaire japonaise (Tanigami à Genève et Lausanne, par exemple), soit directement par Internet. Parmi elles, Anime Virtual est la seule également active dans l’édition de DVD et uniquement pour les marchés germanophones.
Il y a bien eu une tentative de populariser les mangas en Suisse à la fin des années 70, avec le magazine « Le cri qui tue », d’Atos Takemosto, un véritable globe-trotter japonais émigré un temps dans le Jura helvétique. Néanmoins, par manque d’écho dans le public, il n’arrive à tourner que pendant environ 5 ans (ce qui n’est déjà pas si mal, compte tenu du climat culturel de l’époque).
La diffusion des univers manga en Suisse n’est pas seulement déterminée par le paysage médiatique du pays, mais aussi par certaines mentalités. La bande dessinée et les dessins animés sont considérés avant tout comme des divertissements essentiellement destinés aux jeunes entre 8 et 12 ans. D’autre part, tout ce qui a trait à l’image, qu’elle soit animée ou pas, jouit d’une moins grande légitimité culturelle que l’écrit et donc, par extension, la littérature, même dans le cadre du divertissement pur. En gros, la BD et les dessins animés, c’est simpliste et donc pour les gamins. Cette perception se retrouve d’ailleurs dans la très rare programmation d’animes sur les chaînes nationales, qui s’est toujours limitée à des séries s’adressant aux préadolescents.
La perception des produits qui sont issus de l’industrie japonaise du divertissement audiovisuel a cependant beaucoup évolué ces dernières 6 années. D’une part, les films de Hayao Myazaki, applaudis par la critique autorisée, notamment Le voyage de Chihiro (Spirited Away / Sen to Chihiro no Kamikakushi – 千と千尋の神隠し), ont contribué à donner une certaine respectabilité aux productions animées nippones. Notamment, dans les régions latines qui avaient été témoins des polémiques quasi-existentielles des années 80 en France et en Italie. D’autre part, divers festivals suisses de cinéma jouissant d’une bonne réputation ont commencé à diffuser des films d’animation japonaise.
Finalement, des rassemblements comme Polymanga ou JapAniMangaNight, organisés par des groupes de passionnés passés quasi-professionnels, ont progressivement attiré l’attention des médias généralistes.
Leur intérêt a été tout particulier en 2007, pendant Polymanga et le Japan Manga Festival, qui s’est déroulé en annexe du Salon International du Livre et de la Presse de Genève, bénéficiant ainsi de son aura de légitimité. Les journalistes ont alors cherché à mieux cerner ce qui est devenu à leurs yeux bien plus qu’une simple tendance ou mode passagère, un nouveau « phénomène socioculture ». Au point de lui consacrer un documentaire diffusé dans une émission de société sur la TSR en décembre 2007.
Par contre, ils ont encore tendance à présenter le « cosplayer » comme l’archétype du fan et même à l’assimiler à un « otaku », au sens où on l’entend encore souvent chez nous, c’est-à-dire un pauvre imbécile enfermé dans une surconsommation de produits de masse. Et quand ils ne tombent pas dans ces représentations extrêmes, ils donnent alors du consommateur standard de mangas l’image d’un préadolescent qui déroute complètement ses parents avec un vocable bizarre incluant des termes étranges comme « hokage » ou « chakra »…. Du coup, malgré la reconnaissance de l’existence d’œuvres de qualité destinées aux adultes comme Akira ou Monster, les amateurs plus âgés passent pour des gamins attardés.
Dans cette optique, une étude un peu plus fouillée de ces publics, telle que la propose notre enquête sur la réception des mangas en Suisse, est plus que bienvenue pour remettre certaines pendules à l’heure.
>>II. Résumé du déroulement du volet suisse de l’enquête
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Hello!
Merci pour cette suggestion! J’ai découvert ce site sur le stand du même nom à Polymanga, mais c’est vrai que je n’ai pas encore eu le temps de le visiter depuis!
Chers amis,
Je vous remercie de votre article. Depuis de très longues années je fréquente ce pays qui est la Suisse. Je le trouve fort agréable et surtout très respectueux de l’écologie et de la nature, les gens sont très disciplinés, ils tirent leurs ordures régulièrement, ils aiment leurs animaux et veillent à leur bien-êtres, je trouve ce peuple formidable. Avec une crise économique ou pas, chômage ou pas, il s’adapte et ce n’est pas vrai de croire que tous les Suisses sont riches, mais ils ne se plaignent jamais et font avec les difficultés de la vie, c’est peut-être le seul reproche à leur faire. Il fait très bon vivre en Suisse et avec les Suisses qui sont très discrets.
Esmé
May 20, 2008 at 21:48
Bonjour,
Je suis entrain de lire ce super article et j’aimerais juste ajouter que j’ai découvert aussi le site http://www.manga-suisse.ch qui fait de la vente par internet
Salutations.
Simoly